Be safe, don’t drive ?
Marie Jaussein 15 septembre 2016

Aussi intrigante que séduisante, la conduite autonome suscite de nombreuses questions, surtout depuis le premier accident mortel en mai dernier qui s’est produit au cours de l’utilisation du système « Autopilot » de Tesla. Il semblerait que le conducteur n’ait pas pu reprendre le contrôle du véhicule à temps, fonçant tout droit dans un semi-remorque.

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La conduite autonome, c’est quoi ?

La conduite autonome offre la possibilité de déléguer certaines tâches au véhicule. Plus celui-ci est autonome et possède une technologie avancée, plus les possibilités de suppléance et/ou d’assistance seront grandes.

Aujourd’hui, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) définit 4 niveaux d’autonomie d’un véhicule. Le niveau 1 correspond aux véhicules disposant d’une assistance ponctuelle pour le freinage par exemple, ou encore la détection d’obstacles. Le niveau 4 est celui qui offre au conducteur une entière liberté au sein de l’habitacle, pouvant déléguer à 100% l’activité de conduite au système. Aujourd’hui, les véhicules commercialisés proposant un système de conduite autonome sont équipés de système de niveau 3 au maximum.. C’est-à-dire que le conducteur doit à minima rester à disposition de son véhicule pour reprendre les commandes si besoin.

Pour la plupart des dispositifs récemment lancés sur le marché, les constructeurs rappellent que le conducteur peut laisser les commandes au système mais doit maintenir sa vigilance sur la route, c’est donc une autonomie de niveau 2.

La différence entre le niveau 2 et le niveau 3 peut parfois manquer de clarté dans les représentations de chacun, c’est ce qu’explique l’article « The war for autonomous driving », très complet sur le sujet de la conduite autonome. En effet, le niveau 2 requiert une attention continue du conducteur lorsque le système de conduite autonome est en marche alors que le niveau 3 délègue au système la tâche de décision de reprise de contrôle par l’humain. Le conducteur, dans ce cas, est alerté par le système lorsqu’il est estimé préférable de basculer sur une commande manuelle.

Une conduite autonome mais supervisée

Est-ce que ce premier accident mortel de mai dernier a mis en exergue une première faille du système ? Les circonstances de l’accident restant floues, il est difficile d’en tirer des conclusions. Nous avons tous entendu parler de la question de l’attention du conducteur au moment des faits. Néanmoins, aucune de ces sources n’a été confirmée et toutes semblent même écartées aujourd’hui mais la capacité d’attention dans une activité passive reste très intéressante à étudier.

À long terme, l’enjeu des systèmes de conduite autonome est d’offrir un service de type taxi. Le conducteur pourrait alors totalement abandonner son volant et la route des yeux afin de s’occuper, passer le temps, tel un passager. Mais pour l’instant, le conducteur doit encore prêter attention à ce qui se passe sur la route. Le système n’offre pas une suppléance totale pour le moment, c’est-à-dire pas dans toutes les situations de conduite et ne permet pas à l’utilisateur de ne plus prêter attention à la route.

En est-on vraiment capable ?

Le fait de rendre le conducteur passif crée forcément une distanciation à l’action qui diminue la perception des éléments de contexte. Le conducteur est moins concentré sur la route et donc sur les éléments qui peuvent potentiellement devenir des facteurs déterminants dans une prise de décision sous forte contrainte temporelle. Sa conscience de la situation peut donc être diminuée avec l’automatisation. L’Homme est sorti de la boucle, il est moins impliqué dans l’action et les conséquences dans une situation à risque d’un tel fonctionnement peuvent être importantes.

De nombreuses études, notamment en aéronautique ont posé la question de la capacité d’un pilote à être réactif et prendre de bonnes décisions lorsqu’il est dans une activité totalement passive. Même avant la prise de décision dans des situations qui le nécessitent, la capacité à rester concentré sur une tâche est à remettre en question.

Laurent Meillaud – journaliste et expert en nouvelles technologies – avance même que « L’automatisation ne se contente pas de suppléer l’activité humaine, elle la change ». 

Des évolutions à prévoir

Les différents constructeurs proposant des systèmes de conduite autonome imposent des stratégies de maintien de l’attention. Alors que Tesla rappelle simplement à ses utilisateurs qu’il faut garder le regard sur la route, les autres constructeurs automobiles vont plus loin : « Les Allemands Mercedes-Benz, BMW et Audi mais aussi les Japonais Honda et Nissan exigent par exemple le maintien des mains sur le volant. À défaut, une alerte sonore retentit et le système d’aide au maintien en ligne et de gestion de l’arrêt-démarrage dans les embouteillages se désactive ».

Dans d’autres secteurs de conduite, des activités parfois annexes, plutôt de type moteur, doivent être réalisées par les conducteurs dans les phases de supervision du système. La manette à presser toutes les 5 secondes dans les trams a existé un moment mais tend à disparaitre maintenant. Dans le même genre, il existait une pédale à maintenir enfoncée dans les trains. Un accident d’une grande ampleur au Canada avait révélé que les conducteurs posaient un objet assez lourd sur la pédale à la place de leur pied pour ne pas s’embêter à devoir maintenir celle-ci enfoncée durant tout le trajet. Dans ce cas particulier, le conducteur s’était endormi et comme la pédale était maintenue enclenchée, le train a continué sa course jusqu’à un malencontreux incident sur les voies qui aurait requis un freinage d’urgence.

Il n’y a pas plus humain que de rechercher l’économie de ressources. Nous sommes physiologiquement programmés pour ça. Mais comment lutter contre quand l’utilisation d’une nouvelle technologie le requiert ?

L’introduction de la conduite autonome demandera peut-être à terme une formation adaptée ou une sensibilisation plus prononcée à l’importance du maintien de l’attention. Seules les personnes entrainées sont capables de maintenir leur attention très longtemps sans aucun stimulus comme, dans un cas très extrême, les tireurs d’élite par exemple, qui peuvent rester des heures immobiles et concentrés.

Mais puisque la conduite autonome est vouée à le devenir entièrement et dans toutes les situations, qui voudra bien investir dans des formations et des campagnes de sensibilisation si ce n’est que pour un temps ?

Enfin, un article très intéressant aborde la question de l’automatisation qui avance à grand pas et nous remplace dans des tâches qui, nous l’oublions, ont un vrai intérêt pour notre santé intellectuelle et mentale. Etre perdu donc obligé de chercher notre chemin, faire des tracés mentaux, tenter de se repérer, envisager plusieurs solutions, choisir celle qui nous parait la plus pertinente : tout ceci influencerait grandement notre construction sociale.

Ne nous précipitons pas pour autant, la conduite autonome arrive mais elle n’est pas encore prête à être démocratisée demain. Le chemin de la sureté, de la robustesse et la longévité de systèmes autant équipés (capteurs, …) est encore long et certains constructeurs font même machine arrière. Remplacer l’humain dans une tâche aussi complexe demandera de nombreux ajustements comme peut l’illustrer l’accident récent d’une google car en phase de test qui a mal interprété le comportement d’un chauffeur de bus.

Un concept passionnant à suivre, qui n’en est probablement qu’au début de son succès.

 

 

Références

http://www.nhtsa.gov/About+NHTSA/Press+Releases/U.S.+Department+of+Transportation+Releases+Policy+on+Automated+Vehicle+Development

http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/12/autopilot-tesla_n_10943978.html

https://www.tesla.com/fr_FR/blog/master-plan-part-deux?redirect=no

http://www.thedrive.com/tech/4591/the-war-for-autonomous-driving-2017-mercedes-benz-e-class-vs-2017-tesla-model-s

Marie Jaussein
Marie Jaussein

Tout au long de son cursus, Marie s’est attachée à
comprendre les mécanismes de la pensée humaine
et artificielle en licence de sciences cognitives puis
à l’Ecole Nationale Supérieure de Cognitique. Elle est
ingénieure Facteurs Humains au sein d’Akiani, sensible
aux problématiques organisationnelles et sécuritaires.

1 Commentaires

  1. Bonjour,
    Organisateur du Grand Salon Régional du Mariage de Bourgogne Franche Comté au Congrexpo de Dijon, et toujours à l’affût de nouveautés! Nous souhaiterions vous proposer une participation active à notre événement afin de communiquer sur votre concept. Cette année de part sa dimension régionale, le Salon va créer l’engouement, la surprise et de nombreuses nouveautés seront au rendez-vous! Je vous invite à me recontacter afin d’échanger ensemble sur ce que nous pourrions mettre en place. Paul

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