Intérêt des mesures physiologiques en test utilisateur
Perrine Caekaert 13 janvier 2017

Mettons-nous en situation pour mieux comprendre l’utilité des mesures physiologiques : prenons l’exemple d’un pilote de chasse, devant gérer une situation complexe et effectuer plusieurs tâches à la fois. L’interface de contrôle dans le cockpit doit lui permettre de répondre à ses besoins à chaque étapes et ne pas augmenter sa charge cognitive. En phase de conception, c’est ce qu’on va chercher à observer lors des tests utilisateurs. On va chercher à évaluer les niveaux de difficultés ressentis du sujet lié à l’utilisation de l’interface (IHM).

L’intérêt principal d’un test utilisateur est d’évaluer le niveau de difficulté ressenti par le sujet lors de l’utilisation du produit ou de l’interface. Afin d’être le plus fiable possible sur l’analyse, il est recommandé de combiner à la fois des mesures objectives et subjectives, quantitatives et qualitatives. Les mesures physiologiques permettent non seulement de compléter les informations non détectables par les observateurs mais aussi d’analyser la charge cognitive, l’attention ou l’émotion du sujet pendant l’écoute ou l’observation d’une IHM. On peut ainsi obtenir plus d’indices sur la capacité de l’utilisateur à faire face à une tâche via une interface.

De quelles mesures physiologiques parle-t-on ?

Il existent de nombreuses mesures physiologiques plus ou moins invasives, couteuses et lourdes à mettre en place pour évaluer la charge cognitive. Voici 3 exemples de mesures pouvant être utilisées et traitées assez facilement pour évaluer l’état cognitif d’un sujet.

Les mesures cardiaques

Il a été démontré que la fréquence cardiaque (HR) est une bonne mesure de l’attention à court terme et à long terme (Papillo & Shapiro, 1990).  De nombreuses études ont mis en avant le fait que la HR augmentait lorsque que le niveau de la charge de travail augmentait chez le sujet (Hankins & Wilson, 1998; Veltman & Gaillard, 1996; Wilson, 1993).
On peut mesurer par exemple la pulsation sanguine ou encore l’activité musculaire cardiaque.

Exemple d’émetteur de la fréquence cardiaque : le capteur Polar

 

Les mesures oculaires

Le regard révèle des informations sur les intentions et l’attention de l’utilisateur. .(Toet (2006). L’eye tracking est une méthode de mesure de l’attention reconnue et qui a évolué technologiquement. Il a été estimé que 80% de l’information acquise par l’opérateur est captée par le canal visuel (Pulat, 1992). Cela signifie que compter le nombre de fixations des opérateurs pendant une activité peut indiquer la quantité d’information recueillie pour effectuer une tâche. C’est donc considéré comme un bon indicateur de la charge cognitive.

Carte de chaleur, montrant les différents points de fixation sur une page internet

Au sein de ses projets, Akiani a réalisé plusieurs études utilisant la méthode d’eye tracking. Si cette thématique vous intéresse, nous avons avons écrit plusieurs articles à ce sujet :
http://blog.akiani.fr/trois-idees-parfois-fausses-sur-leyetracking/
http://blog.akiani.fr/lire-dans-les-nuages-lanalyse-des-cartes-de-chaleur-en-eye-tracking/ .

Les mesures électrodermales

Un état émotionnel peut causer une transpiration qui est une réaction électrodermale, donc lorsque l’état émotif d’un sujet change, la conductance de la peau change. C’est la réponse galvanique de la peau, (GSR).

Exemple de capteur mesurant les effets physiologiques et émotionnels réels (via l’activité électrodermale) : le Sensum

 

Conclusion

Justifier l’état de charge cognitive, le niveaux d’immersion, ou l’état émotionnel à un moment précis de l’utilisation peut être primordial pour la validation d’un produit. En plus des questionnaires subjectifs détaillant le ressenti utilisateur global, les mesures physiologiques complètent les données et argumentent les résultats. Les mesures physiologiques permettent d’évaluer le ressenti et l’état cognitif du sujet à un moment précis et justifient la nécessité de reconception de l’interface ou non.

Généralement, ce qui ralenti fortement l’utilisation de ce genre de méthodes est le coût du matériel et la nécessité d’avoir les compétences pour traiter les données d’analyse. Heureusement aujourd’hui, les techniques ont fortement évoluées et les prix deviennent de plus en plus accessibles, ce qui amène de plus en plus d’entreprises d’utiliser ce genre de dispositifs. Et vous ? Que pensez-vous d’utiliser les mesures physiologiques au cours de vos prochains projets ?

Perrine Caekaert
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