La perception du temps dans l’expérience utilisateur #2
Lucille Lecoutre 21 octobre 2015

Nous avons vu dans un article précédent que la perception du temps est très élastique, peut s’étirer ou se compresser en fonction de ce qui est présenté et de ce à quoi l’individu fait attention. Il est donc possible, à partir des effets connus dans la littérature, de tirer avantage des effets et illusions connus pour améliorer l’expérience utilisateur. Quelques exemples !

 

Donner une illusion de vitesse

 

Les barres de chargement utilisent des astuces bien connues pour donner l’impression que le temps de chargement d’une application est plus rapide qu’il n’y paraît. La plus connue consiste à présenter à l’utilisateur une barre de chargement dont la vitesse de remplissage augment au fur et à mesure. Le chercheur Chris Harrisson pousse le raisonnement un peu plus loin en étudiant la durée perçue du temps de chargement pour différentes barres de chargement.

Voyez plutôt :

 

 

Assurer la continuité d’une expérience

Cela peut être particulièrement désagréable, lorsque l’on entreprend quelque chose, d’être interrompu. Les applications peuvent, de part leur construction même basée sur des écrans se succédant, casser la dynamique de l’expérience. Certaines astuces peuvent permettre de réduire cette sensation d’interruption et atténuer la frustration des utilisateurs.

 

Utiliser des transitions animées

L’utilisation d’animation permet de rendre les transitions plus fluides, donnant une sensation de continuité à l’utilisateur. Des transitions saccadées donneront au contraire des sensations d’interruption, de découpage, de segmentation. Autant de moments où il est possible de perdre l’attention de l’utilisateur. Une animation au contraire permet de capturer son attention et de garder le contact. Attention toutefois à ne pas abuser des animations sous peine d’avoir un site digne d’un powerpoint des années 2000.

Exemple de page d'accueil d'un application de fitness
Source : Barthelemy Chalvet sur Dribble, https://dribbble.com/shots/1955976-Home-Motion-Fitness

 

Charger le contenu progressivement

Facebook utilise un substitut lors du chargement du fil d’actualité. Ce substitut a la même forme qu’un vrai post, ce qui créé des attentes. Ceci permet une transition plus douce avec l’affichage du vrai post (notons au passage l’animation visuelle présentée pour les barres de chargement), à condition bien sûr que les attentes correspondent à ce qui va être affiché.

 

Animation de chargement facebook
Animation de chargement facebook

 

Eviter de faire attendre l’utilisateur lorsqu’il est possible de libérer le système

Parfois, on assiste à un blocage complet d’une application le temps qu’une certaine action soit effectuée. Cette approche crée des points de friction dans le parcours de l’utilisateur. Il est bien plus préférable de libérer le système dès que possible, pour que l’utilisateur puisse faire autre chose le temps que l’action du système soit effectuée (chargement d’une base de donnée, envoi d’un message…). C’est le cas par exemple lorsque vous envoyez un sms avec votre téléphone.

Si ce principe peut paraître évident, il n’est malheureusement pas toujours mis en place.

 

Donner à l’utilisateur la sensation de maîtrise

Quoi de plus désagréable qu’une application qui met trop de temps à répondre ? Dans les interactions, le temps est très important. Il faut que le délai de réponse soit suffisamment court pour que l’utilisateur ait la sensation d’avoir causé l’action. Avec l’allongement du temps de réaction, l’utilisateur va petit à petit perdre la sensation de maîtriser le système, jusqu’à ne plus pouvoir prédire son fonctionnement.

 

Quelques rappels des échelles de temps données par Jakob Nielsen :

  • 100 millisecondes : c’est le temps limite pour que l’utilisateur ait la sensation que le système répond de manière instantanée.
  • 1 seconde : c’est le temps à partir duquel le flot de pensées de l’utilisateur va s’interrompre. En dessous ce temps, il remarquera le délai, et sa sensation de contrôle va commencer à s’émousser. Il aura la sensation d’accomplir quelque chose via un système, plutôt que d’être complètement responsable des actions.
  • 10 secondes : au delà de ce temps, l’utilisateur n’arrive plus à rester focaliser sur sa tâche. Il va entreprendre d’autres tâches en parallèle et aura donc besoin d’un feedback de la part du système.

 

 

Notre perception du temps dépend donc de tous un tas de facteurs dont nous n’avons pas forcément conscience. La technologie n’est pas la seule réponse qui peut y être apportée, nous vous avons présenté une variété de solutions basées essentiellement sur l’aspect psychologique de l’interaction. Autant tirer le meilleur parti de nos perceptions pour améliorer la richesse des expériences que nous créons.

 

 

Références

  • Zumbrunnen, A. (2015, 26 Août). The illusion of time [Billet de blogue]. Repéré à https://medium.com/swlh/the-illusion-of-time-8f321fa2f191
  • Harrison, C., Yeo, Z., and Hudson, S. E. 2010. Faster Progress Bars: Manipulating Perceived Duration with Visual Augmentations. In Proceedings of the 28th Annual SIGCHI Conference on Human Factors in Computing Systems (Atlanta, Georgia, April 10 – 15, 2010). CHI ’10. ACM, New York, NY. 1545-1548.
  • Nielsen, J (2009, 5 octobre). Power of 10 : Time scales in User Experience [Billet de blogue]. http://www.nngroup.com/articles/powers-of-10-time-scales-in-ux/
Lucille Lecoutre
Lucille Lecoutre

Lucille a suivi un premier cursus de recherche en Neurosciences Cognitives où elle s’est intéressée aux aspects perceptifs et prédictifs de la cognition humaine. Elle s’est ensuite tournée vers les applications potentielles des Sciences Cognitives pour les Facteurs Humains. Elle est aujourd’hui ingénieure Facteurs Humains au sein d’Akiani.

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