Du Bob ? Oui, mais du Bobsleigh !
Jean-Christophe Paris 27 février 2018

Chapter 5 : le Bobsleigh (ou Bobsled)

Après avoir décortiqué pour vous le ski alpin, le curling (oui oui !), le patinage artistique et le boardercross, on clôture en beauté notre série d’articles dédiés aux Jeux d’Hiver avec le Bobsleigh !

 

 

On soulignera d’ailleurs la bonne perf’ de nos frenchy à l’occasion de la dernière descente de cet équipage de bob à 4 ce dimanche. Difficile de lutter face aux Allemands et leurs équipages très très (très) rapides !

 

Un projectile qui glisse dans un tuyau de glace !

Oui c’est réducteur, on en convient, mais avouez que le principe est assez fou. Dévaler une pente assis sur une luge ou sur un vélo, on l’a tous fait. Quand l’engin en question est posé sur des lames, que la pente est glacée, étroite et composée de 19 virages relevés à faire blêmir Valentino Rossi, là ça devient carrément givré. Pour parfaire le tableau, ajoutez deux bouts de ficelles en guise de commandes et le confort d’une vieille Lada : vous avez inventé le Bobsleigh. Pas étonnant qu’on les entendent hurler avant de se lancer !

Présent au jeux d’hiver depuis 1924, cette discipline se pratique à deux (équipages féminins ou masculins) ou à quatre (équipages exclusivement masculins). Chaque pays qualifié à la possibilité d’engager plusieurs équipages, qui sont identifiés par le nom du ou de la pilote à bord.

 

Sochi, RUSSIA – February 16, 2014: Russian Fed. 1 team at two-man bobsleigh heat at Sochi 2014 XXII Olympic Winter Games

 

On en parle des pointes à 140 km/h ?

Le but du jeu est simple : franchir la ligne d’arrivée en un temps minimum. Les vitesses de pointes peuvent atteindre 140 km/h dans la section la plus rapide (pente entre 8 et 15%) sur des pistes mesurant 1,5 à près de 2 km. La durée totale d’une compétition atteint environ 4 minutes réparties sur 4 descentes (Rempfler, 2016).
Pour le départ, le ou la pilote se tient à côté de l’engin, les mains à quelques centimètres de la barre de poussée. Ses co-équipiers (ou ses co-équipères) sont quant à eux sur une planche de départ qui fait office de starting-block.
Sur les quinze premiers mètres au minimum, les patins avant directionnels de l’engin sont maintenus dans des guides tracés dans la glace. L’enjeu de cette première phase est donc réaliser un sprint, en poussant l’engin (170 kg minimum pour un bob à deux…) et d’embarquer avant la fin de ce rail. Au delà, tout mouvement parasite risquerait de désaxer le bobsleigh, risquant de compromettre la trajectoire initiale.

À savoir pour les plus fins tacticiens d’entre vous : le bob peut arriver sur le côté ou même à l’envers, ça compte, tant que tous les membres d’équipage sont encore à bord.

 

Une affaire d’équipe, au bon tempo

Au delà des compétences athlétiques , les équipages doivent donc agir dans une parfaite synchronisation. Pensez au pilote qui n’a pas les mains sur la barre de poussée : il lui faut réagir précisément à l’indication de la poussée de ses co-équipiers, au risque de voir la fusée partir sans lui. Quand on pense qu’en bob à 4, le poids total bolide + équipage flirte avec les 400 kgs, mieux vaut avoir un bon temps de réaction !

Le niveau de performances est tel que le Bobsleigh est l’un des sports dans lequel les écarts à l’arrivée sont les plus resserrés (Dabnichki et al. 2004). Si vous avez eu l’occasion de visionner une épreuve, vous avez pu constater que tout est millimétré. Sur ce point, c’est la phase d’embarquement qui est la plus impressionnante. Chaque co-équiper connait sa gamme comme un musicien et va executer des gestes précis et parfaitement cadencés avec ceux des autres. La moindre fausse note ou retard d’un des co-équipiers sur un des gestes qui lui incombe et se sont de précieux dixièmes de perdus.

 

Sochi, RUSSIA – February 16, 2014: Jamaica 1 team at two-man bobsleigh heat at Sochi 2014 XXII Olympic Winter Games

Oui, on ne pouvait pas s’empêcher de faire un clin d’oeil au film Rasta Rockett qui a, pour une période au moins, fait rayonner ce sport auprès du grand public.

Point important d’ailleurs : comme pour le skeleton, tout dixième perdu en haut de piste coûtera le double ou le triple en bas de la piste. D’où l’importance d’assurer une exécution millimétrée pendant cette phase de lancement-embarquement (qui dure moins de 5 sec chez les meilleurs !).

Afin de limiter l’influence du matériel, le règlement impose des contraintes de conception pour les bobsleigh (alliage identique pour les lames, gabarits normés, etc). De ce fait, l’importance de la bonne coopération de tous les membres de l’équipage est une condition clé d’une descente rapide.

Une fois en piste, on pourrait croire que le ou les co-équipiers se tournent les pouces … Que nenni !
De nombreuses études ont montré l’influence de la position des membres de l’équipage sur l’efficacité aérodynamique (Dachnichki et al 2006). Les amateurs de la discipline auront par exemple noté la position du quatrième équipier dans le bob allemand (médaillé d’or). Ce dernier est littéralement couché sur l’avant avant d’assurer une dépression d’air sur l’arrière de l’engin. Cela permet d’augmenter l’appui aérodynamique et donc la prise de vitesse dans les virages relevés.

 

Dans la tête du pilote

Une fois tout ce petit monde à bord, c’est au pilote qu’incombe la lourde de tâche d’amener l’équipage sain et sauf en bas de la piste. Pour ce faire, il actionne un volant relié aux patins avants, avec l’objectif de suivre une trajectoire optimale définie avant de prendre le départ.

Les actions de pilotage sont des micro-régulations qui visent à limiter l’effet de vague générée par la négociation de virages relevés. En plus de connaitre la piste sur le bout des doigts, le pilote doit donc faire preuve d’une grande anticipation et de sentir le comportement du bob sur la glace. Il fait appel à ce que l’on appelle un modèle mental (Bellenkes et al. 1997). Ce modèle mental est créé par l’apprentissage du tracé. A l’entrainement, il l’enrichit de repères visuels qui constituent des points de décision. Avant une compétition, le pilote est ainsi capable de mentaliser sa descente, comme s’il répétait une partition (les notes étant assimilables aux actions sur le volant). Tout cela lui permet de dévaler une piste très technique, en executant son plan en fonction de sa trajectoire à l’entrée de chaque virage par exemple. Bluffant non ?

 

 

Références

Site de la fédération internationale de bobsleigh

Larousse en ligne – Article Bobsleigh

Rempfler, G. S., & Glocker, C. (2016). A bobsleigh simulator software. Multibody System Dynamics36(3), 257-278.

Dabnichki, P., Motallebi, F., & Avital, E. (2004). Advanced bobsleigh design. Part 1: body protection, injury prevention and performance improvement. Proceedings of the Institution of Mechanical Engineers, Part L: Journal of Materials: Design and Applications218(2), 129-137.

Dabnichki, P., & Avital, E. (2006). Influence of the position of crew members on aerodynamics performance of two-man bobsleigh. Journal of Biomechanics39(15), 2733-2742.

Bellenkes, A. H., Wickens, C. D., & Kramer, A. F. (1997). Visual scanning and pilot expertise: the role of attentional flexibility and mental model development. Aviation, Space, and Environmental Medicine.

 

Jean-Christophe Paris
Jean-Christophe Paris

Spécialisé en Ingénierie des Facteurs Humains, Jean-Christophe a participé à de nombreux projets dans le domaine de la R&D automobile. Il apporte sa double compétence scientifique et technique dans les approches de conception centrée sur l'humain. L'analyse de l'activité et sa modélisation sont ses spécialités.

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