C’est les Jeux ! Slalom géant et eye tracking
Sami Lini 13 février 2018

Ca y est, c’est enfin les Jeux d’hiver ! Déformation professionnelle oblige, on avait déjà profité de la dernière Coupe du Monde pour faire le lien avec ce qu’on aime, et bien on récidive ! Du coup, on entame une petite série d’articles sur la performance humaine, la métrologie humaine (ce qu’on appelle délicatement le human monitoring) et les sports d’hiver.

Chapter 1: le ski alpin !

Pour débuter la série, on va commencer par la discipline reine : le ski de descente ! On s’intéresse aujourd’hui aux deux épreuves dites techniques : le géant et le slalom. Le géant est une course de vitesse (jusque là tout le monde était au point je pense) sur un dénivelé allant de 250m à 450m chez les hommes, 200 à 400m chez les femmes (on fait moins les malins là déjà !).
L’objectif est de franchir entre 46 et 70 portes (46 à 58 chez les femmes, 56 à 70 chez les hommes), espacées de 25m en moyenne. La vitesse maximale moyenne atteinte est de 80km/h. Autant dire qu’à cette vitesse on n’a pas franchement le temps de cueillir du muguet.
PHOTOMDP / Shutterstock.com

Des skis et un eye tracker

L’hiver dernier, on avait eu la chance de se pencher sur la thématique en équipant d’un eye tracker une future championne et son entraineur lors d’une vraie descente en géant sur les pistes (pas tous les jours facile notre boulot !) ! On vous passe le bricolage avec le masque pour faire passer tout ça en dessous, mais on s’en était sorti, et ça avait donné la vidéo en introduction !

On y constate que si l’entraineur va un petit peu moins vite, il a une prise d’information qui favorise beaucoup l’anticipation. Après une porte franchie, il va immédiatement, et logiquement, chercher la position de la porte suivante, mais également la position de la porte qui suit. Ce n’est pas le cas de la jeune skieuse qui se contente de la porte à venir, à laquelle elle accorde beaucoup d’attention pour venir optimiser le positionnement de ses skis.

Attention visuelle, anticipation et fondue savoyarde

Ce résultat est intéressant parce qu’il vient en contradiction avec une étude publiée l’an passé (Decroix, 2017). Dans ce travail, un groupe de slalomeurs experts est opposé à un groupe de non-experts. Le groupe expert va bien entendu significativement plus vite. Il est noté à l’eye tracking que ce groupe anticipe plus la prise d’information en allant chercher la porte suivante et celle d’après.
A l’inverse, le groupe non-expert est plus focalisé sur la neige devant leurs skis. La vitesse plus importante du groupe expert explique très probablement la nécessité de plus anticiper, une erreur de trajectoire étant nécessairement plus difficile à corriger.
 
Il va évidemment sans dire que notre petit résultat sur une unique skieuse mériterait d’être vérifié sur un échantillon bien plus large. L’intuition nous dit que les résultats confirmeraient peut-être la tendance.
En effet, les skieurs professionnels parcourent d’abord la piste en reconnaissance plusieurs fois et se la visualisent ensuite mentalement des dizaines de fois. C’est ce que dit, par exemple, Lindsay Vonn, championne de la discipline :
“I always visualize the run before I do it. By the time I get to the start gate, I’ve run that race 100 times already in my head, picturing how I’ll take the turns.”
Cela leur permet de se représenter l’enchainement des portes parfaitement et d’optimiser au maximum leur trajectoire. Plus besoin d’aller regarder où est la porte qui suit, ils peuvent rester concentrés sur la réalisation du geste parfait pour franchir l’obstacle.
Morale de l’histoire : si vous voulez vous venger de ce vacancier discourtois qui vous a fait tomber le morceau de pain dans la fondue sous les rires de tout le village Pierre et Vacances, ce soir vous ressortez le plan des pistes et vous nous potassez tout ça !
Références

Decroix, M., Wazir, M. R. W. N., Zeuwts, L., Deconinck, F. F. J. A., Lenoir, M., & Vansteenkiste, P. (2017). Expert – Non-expert differences in visual behaviour during alpine slalom skiing. Human Movement Science, 55, 229–239. http://doi.org/10.1016/j.humov.2017.08.012

Sami Lini
Sami Lini

Ingénieur-docteur en Facteurs Humains, Sami a d'abord travaillé dans le domaine de la R&D aéronautique. Les Facteurs Organisationnels et Humains opérationnels, la neuroergonomie et la recherche utilisateur (UX) sont ses domaines de prédilection qu’il apporte à nos clients tant dans le domaine de l’industrie à risque que pour les produits grand public.

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