Voyage entre expérience utilisateur et expérience humaine
Pauline Kraimps 18 juillet 2016

Aujourd’hui, le comportement des voyageurs a énormément évolué. Il ne s’arrête plus simplement à la volonté de découvrir le côté touristique d’un pays.

« Les voyageurs vont être de plus en plus tentés par une expérience locale et authentique. Il ne s’agira plus uniquement de faire l’ensemble des activités touristiques d’une ville, l’ensemble des musées, l’ensemble des visites touristiques classiques mais d’avoir vraiment cette expérience locale, de vivre comme un local, vivre comme un londonien à Londres, vivre comme un berlinois à Berlin (…) les motivations des voyageurs évoluent vraiment dans cette direction là » explique Nicolas Ferrary, directeur d’Airbnb France depuis 2013.

 

Nous nous sommes demandés comment ces motivations pouvaient être prises en compte pour améliorer l’expérience d’un voyageur ?

 

Après une étude sur un panel de 100 voyageurs âgés de 20 à 30 ans, nous avons pu nous rendre compte à quel point les notions de culture, de population et d’authenticité étaient importantes pour eux. Mais quelle est la manière dont ces notions sont traitées par les acteurs de l’industrie du voyage (notamment dans les guides touristiques et les applications de voyage) ? Alors que ces applications ne traitent absolument pas de la dimension culturelle, les guides de voyage traitent la question très en surface. Pourtant elle semble être un point primordial. Pour vivre une expérience authentique, il faut sortir de son confort, aller vers l’autre etc. Pour répondre à notre question principale ci-dessus, nous avons décidé de nous intéresser à la culture française et chinoise. La raison étant que plus de 50% de nos voyageurs intérogés souhaitaient partir dans un pays asiatique.

Optimiser l’expérience de son voyage culture chinoise et culture française

Culture chinoise

 

La distance hiérarchique est très élevée en Chine. Alors qu’en France, on se pose la question de « Qu’est ce que je veux faire ? », en Chine on se demandera « Qu’est ce que je dois faire ? »  [1]. Il n’y a pas ou peu de droits chez les chinois. Il existe de fortes inégalités entre les individus et de grandes différenciations des rôles, des compétences ou encore du respect. Un français qui se rend chez l’habitant peut être marqué par cet écart fort dans les rapports familiaux que les chinois ont en fonction de leur statut.

 

De plus, la Chine est marquée par un fort degré de collectivisme. Au sein d’un groupe apparaît de la loyauté, de la solidarité et une protection entre les individus. Ils sont dépendants des autres. On y voit très peu d’autonomie et de prise de décisions individuelles. Dans la pensée chinoise, un individu n’existe pas sans un autre. Il existe grâce au regard et par rapport aux autres. La France, au contraire, est considérée comme une société individualiste. Comme le dit Socrate : “Connais-toi toi-même”. Lorsqu’un chinois découvre la France, il est souvent surpris par le manque d’entre-aide que les français ont entre eux.

 

On connaît en Chine, un écart important entre l’homme et la femme. Celui-ci n’est pas ressenti dans la culture française, pays dont la devise est “Liberté, Égalité, Fraternité”. Après le Japon, la Chine est le deuxième pays asiatique qui enregistre le plus haut niveau de masculinité.

« Une société est dite masculine quand les rôles sexués affectifs sont clairement distincts : les hommes sont censés être sûrs d’eux, robustes et concentrés sur la réussite matérielle, alors que les femmes sont censées être plus modestes, tendres, et préoccupées de la qualité de la vie. Une société est dite féminine quand les rôles sexués affectifs se confondent : les hommes et les femmes sont censés être modestes, tendres et préoccupés de la qualité de la vie » – Geert Hofstede [2].

La discrimination à l’égard des filles et des femmes est très fréquente et a donné naissance à la mise en place de l’enfant unique (1979). Cette réforme a eu pour but de limiter la croissance démographique et a eu pour conséquence la surmortalité infantile des filles. Ce constat est tragique, et pourrait être choquant pour un voyageur français, mais il est bien réel. Le garçon, ou l’homme, est préféré autant en terme de valeurs traditionnelles que pour l’avenir d’une famille. Cette notion est importante à prendre en compte dans un contexte d’interculturalité. En effet, une française en Chine sera beaucoup mieux accueillie par une chinoise que par un chinois. Simplement parce que la femme est placée en dessous de l’homme dans la culture chinoise.

 

Contrairement à la France où la population est très expressive et gestuelle, il est très mal vu en Chine d’exprimer ses sentiments ou encore d’avoir des contacts physiques. Les chinois ne s’expriment pas ou très peu. Ils ont donc besoin « d’un maximum d’informations explicites pour communiquer et interagir » [3]. La communication est implicite, informelle et subjective ce qui engendre une importance de l’oralité plus que de messages textuels.

 

Comprendre la culture de l’autre évite les malentendus

Ces différences dans les relations humaines montrent l’importance de la compréhension des deux cultures dans un échange entre un chinois et un français. Par exemple dans un premier échange entre un français et un chinois, le chinois paraîtra froid face au français. Pourtant ce sont seulement les cultures qui sont différentes. Avoir une connaissance forte de la culture du pays dans lequel on voyage évite les malentendus lors d’un échange interculturel. Et par conséquent améliore l’expérience du voyageur. M. Sauquet [1] parle de « prise en compte de ces différences et similitudes des pratiques culturelles », c’est à travers cette analyse et cette prise en compte que l’expérience interculturelle lors d’un voyage est apprécié par les interlocuteurs. Chacun comprend l’autre et se met à la place de l’autre, avec la casquette de l’autre.

 

Références

[1] SAUQUET, Michel. VIELAJUS Martin, 2014. L’intelligence interculturelle.

[2] HOFSTEDE Geert, 2010. Cultures et organisations, Pearson Education : 3ème ed.

[3] LOTH, Désiré, 2006. Le management interculturel. Paris : l’Harmattan.

Pauline Kraimps

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