Le cerveau créatif : deuxième épisode
Mathilde Da Rocha 25 octobre 2018

Si toi aussi tu as envie d’écrire “créatif” sur ton CV, on t’explique comment la créativité fonctionne dans le cerveau. Quels sont les facteurs impliqués et comment faire évoluer ses aptitudes créatives ? Voilà sur quoi l’on veut t’éclairer dans ce billet ! Et puisque la conception d’expériences utilisateurs passe par la mise en pratique, on fait également le lien entre les aspects théoriques et les méthodes d’idéation. Promis, on parlera aussi un peu d’Einstein.

 

On vous parlait récemment ici des différents facteurs cognitifs qui font de nous une personne plus ou moins créative. On vous propose de poursuivre la découverte en s’intéressant à présent aux facteurs conatifs, émotionnels et environnementaux !

 

Créativité et conation

La conation regroupe tous les aspects de personnalité d’un individu. On dit en psychologie que la façon dont on agit va être modulée par des aspects cognitifs (ex : raisonnement, connaissances), des aspects émotionnels et des aspects conatifs (ex: l’intention d’utiliser un objet).

Les recherches proposent cinq traits de personnalité qui influenceraient positivement les capacités créatives chez l’adulte :

  • Persévérance : elle permettrait d’aller plus loin dans la recherche de solution
  • Tolérance à l’ambiguïté : pour ne pas se laisser arrêter par des détails et être ouvert à des bissociations (i.e. association d’idées qui n’ont rien à voir entre elles à la base)
  • Motivation intrinsèque : la volonté de trouver une solution au problème
  • Ouverture à de nouvelles expériences : ou la recherche de la nouveauté, c’est surtout sur la possibilité de vivre des situations nouvelles sans en éprouver de l’anxiété
  • Tendance à la prise de risque : le lobe frontal inhibe davantage les messages de survie, ce qui permet de mettre en place des stratégies à long terme et de persister à trouver une solution à un problème

cat dog GIF

 

Créativité et émotions

Les émotions sont au centre de la créativité et indissociables de la cognition. Le stress par exemple est connu pour avoir un impact négatif sur la flexibilité cognitive.

Au contraire, une analyse de 66 études a démontré que les émotions positives sont bonnes pour la créativité. Elles augmenteraient le nombre d’idées disponibles pour des associations et le nombre d’idées pertinentes. Une meilleure flexibilité cognitive rendrait également plus probable la connexion des idées.

Même si l’on aime imaginer un écrivain dépressif dans une maison en bord de mer, le lien entre émotions négatives ou dépression et créativité est plus nuancé quant à lui.

À vrai dire, on pense maintenant que ce serait plutôt l’état d’éveil engendré par les émotions qui bénéficierait à la créativité plutôt que les émotions elles-mêmes.

 

Créativité et environnement

[attention spoiler] Tout le monde peut être créatif ! Sisi, même toi là-bas, assis dans le fond à côté du radiateur.

Ce n’est pas une histoire de génétique

Des recherches ont été menées pour essayer de déterminer s’il existait des prédispositions génétiques à la créativité. Au final, c’est un succès très mitigé.

Par exemple, le cerveau d’Einstein a été un objet de curiosité pendant longtemps. On a découvert qu’il présentait une hypertrophie des lobes pariétaux (mets la main sur la tête, puis recules la un peu, on y est !).  Cela était principalement dû à une spécificité morphologique particulière. Plus tard, on a pu constater que 15 à 20% de la population avait la même spécificité morphologique (sans être Einstein pour autant). Cela ne suffisait donc pas à expliquer ses aptitudes créatives.

Une autre hypothèse est que le cerveau d’Einstein contenait plus de cellules gliales par rapport au nombre de neurones dans une certaine zone du cerveau en comparaison avec un groupe de personnes lambda. Cette spécificité pourrait néanmoins s’expliquer par son alexie (déficit de reconnaissance des lettres d’un mot) et non sa créativité.

Une autre piste serait qu’il avait plus de substance blanche dans son cerveau, mais cela reste non prouvé à ce jour.

albert einstein GIF

Cependant, parmi les avantages naturels, on peut dire que les gauchers sont aidés. En effet, le lien entre les deux hémisphères est davantage développé que chez les droitiers. Cela permettrait de recruter des réseaux de représentations différents et de les associer entre eux. De même, les personnes avec une synesthésie auraient de meilleures compétences associatives par leur connectivité augmentée au sein du cerveau.

C’est une histoire de stimulation du contexte

Pour le reste, c’est l’environnement qui pourra influencer les aptitudes créatives. Tout d’abord, la créativité, ça se travaille. En effet, on parle de plasticité cérébrale pour dire que la taille d’une aire du cerveau peut changer avec l’entraînement et la stimulation. Aussi, si l’environnement dans lequel on évolue (entourage, cadre professionnel, etc.) est riche en stimulations, le nombre de connexions va croître. Chez les enfants, des études ont par exemple montré qu’un environnement stable, mais dans lequel la modification des règles est possible, bénéficie à la créativité.

Le milieu culturel est également essentiel, non seulement au niveau individuel, mais également à l’échelle de la société ! Une étude a montré que la présence de créateurs reconnus pourrait prédire le niveau de créativité des générations suivantes dans un domaine donné.

Dernière astuce, les pauses sont très bonnes pour le processus créatif. Cela permet de se décrocher d’un pattern de résolution. Une pause sportive serait encore mieux : des études récentes affirment que la pratique de sport (marche, aérobic) a un impact sur le processus créatif à la fois pendant l’exercice, et jusqu’à deux heures après.

 

A Little Less Conversation, a Little More Action Please

 

Pour finir, voici un beau résumé visuel des notions abordées dans cette série sur le cerveau créatif (par Alice Varoquaux 👏):

 

N’hésite pas à laisser un commentaire si tout ça t’a permis d’ajouter “créatif” à ton CV 😉

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Pour aller plus loin :

Borst, G., Dubois, A., & Lubart, T. I. (2006). Structures et mécanismes cérébraux sous tendant la créativité: une revue de la littérature. Approche neuropsychologique des apprentissages de l’enfant (ANAE)18(87), 96-113.

Mathilde Da Rocha
Mathilde Da Rocha

Diplômée d’un doctorat en Ergonomie Cognitive, Mathilde est spécialisée dans la conception et l’évaluation d’interfaces homme-machine. Après 4 années dans l’industrie automobile, elle déploie aujourd’hui ses connaissances théoriques et techniques dans la conception d’expériences utilisateurs optimisées. La conception participative est l’un de ses domaines de prédilection.

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