Plongée dans l’atelier des Lutins : la conception centrée Père Noël
Sami Lini 24 décembre 2013

En cette période de Noël, il est temps de vous présenter les résultats de notre dernière investigation. Les experts d’Akiani ont travaillé d’arrache-pied pour percer l’un des secrets les mieux gardés de l’humanité : comment le Père Noël parvient-il à venir livrer les cadeaux à tous les enfants du monde en une nuit ?

Mieux que les journalistes d’Enquête Exclusive et du 13h de Jean-Pierre Pernaut, nous avons été accueillis dans les locaux de la division Recherche, Développement & Papiers Cadeaux (RDPC) de l’atelier des Lutins du Père Noël. Ce que nous avons découvert dépasse tout ce que nous avions imaginé ! Visite dans les coulisses de la conception de l’équipement du Père Noël qui a permis d’améliorer la distribution des cadeaux : une démarche de Facteurs Humains centrée Père Noël.

L’activité du Père Noël

Pragmatiques, les équipes du Père Noël ont depuis longtemps adopté un processus de conception centré sur les besoins et l’activité réelle du Père Noël. Le point de départ est donc l’activité prescrite suivante : en l’espace d’une seule nuit , le Père Noël doit distribuer des jouets à l’ensemble des enfants qui croient en lui tout autour de la Terre.

La très sérieuse étude menée à Supélec Rennes (“Rennes”, une couverture parfaite !) résume les données du problème. Nous en retenons les éléments suivants : le Père Noël n’ayant pas encore remporté les marchés musulmans, hindoux, juifs, bouddhistes ou encore animistes, et partant du principe qu’on compte un seul enfant sage par foyer et par an (de manière cyclique évidemment), 92 millions de cadeaux doivent être distribués dans 92 millions de foyers, en 31h (en voyageant d’Est en Ouest). Nous ne discuterons pas ici des capacités des 9 rennes à tracter le traîneau à 1000 km/sec. Le Père Noël les voit chaque année à l’oeuvre, cela ne se discute donc plus.

Notre bon Père Noël subit donc de très hautes vitesses, et de très fortes accélérations. Contraintes supplémentaires, il doit également :

  • délivrer ses présents dans des territoires où les températures sont très élevées et d’autres très faibles,
  • supporter les problèmes de pression liés à la montée en altitude (de nombreuses illustrations en attestent),
    Traîneau du Père Noël en altitude
  • survoler de larges étendues d’eau,
  • manipuler des colis de poids variés.

Persona, Pères Noël d’essai et analyse de l’activité

Le département Recherche, Développement et Papiers Cadeaux (RDPC) est l’unité d’innovation qui fournit au Père Noël les dernières avancées technologiques pour lui permettre au mieux de réaliser sa mission. Le Senior Lutin nous a présenté la démarche de conception centrée sur le besoin et l’activité, ayant mené à la version actuelle de l’équipement du Père Noël.

Santa centered design

L’analyse précise de son activité alimente de manière continue l’effort de l’équipe RDPC, responsable :

  • des recommandations amont,
  • du suivi lors des phases d’évaluation et du pilote (premières livraisons),
  • ainsi que de la collecte et la capitalisation des retours d’expérience.

Tout cela dans un but d’amélioration de l’équipement du Père Noël.

Les équipes nous ont expliqué la difficulté à accéder directement au Père Noël pendant les phases amont. Très occupé par sa phase de récupération et la supervision de la chaîne de fabrication des cadeaux, très longtemps les équipes Facteurs Humains n’ont eu à leur disposition qu’un Persona pour mener à bien leur travail. ” Ce n’était pas idéal, nous dit un Lutin expert FH, mais c’était déjà un progrès comparé à la longue période où le système était tellement mal pensé pour l’opérateur qu’on changeait de Père Noël chaque année “. Depuis quelques années, les équipes disposent de Pères Noël d’essai qui se prononcent sur les solutions conçues. ” Ce ne sont pas les Pères Noël qui seront sur le terrain la nuit du réveillon mais leur expertise nous permet de nous rapprocher de ce qu’on peut espérer de mieux ” , ajoute l’expert.

Ces dernières décennies ont cependant permis des progrès spectaculaires dans la prise en compte des besoins réels de l’opérateur. Un renne expert FH a ainsi été intégré à l’équipage pour analyser l’activité effective du Père Noël. Les retombées ne se sont pas faites attendre.

Le besoin et la réponse technologique

Masque à oxygène du Père Noël

Les premières analyses d’erreurs dans la distribution des cadeaux (tout le monde en a connu : ce cadeau qu’on espérait tant et qui n’était pas sous le sapin) ont mis en évidence les problèmes liés à l’oxygénation : la mauvaise oxygénation en altitude (hypoxie) provoquait confusion et perte momentanée de mémoire.

S’il y a un personnage à qui on ne pardonnera pas une erreur de mémoire, c’est bien notre chef ! Il fallait donc trouver un moyen discret d’intégrer un masque à oxygène. L’image barbue du patron nous a offert le moyen parfait de le cacher.

Incroyable, depuis plusieurs décennies, le Père Noël porte donc une fausse barbe qui cache un masque à oxygène !

La représentation populaire du Père Noël a ainsi pu être exploitée pour de nombreuses autres innovations : ” Coca Cola* nous a rendu un fier service en démocratisant l’image d’un Père Noël bien portant “, dit-on d’une seule voix dans le département RDPC. Inspirateur de la recherche en aérospatiale, ce sont plusieurs couches qui vont être intégrées dans le costume et vont permettre de répondre aux diverses contraintes :

Lait de poule

  • l’isolation thermique s’est rapidement imposée : malgré l’intégration du masque à oxygène, les rapports d’analyse constataient encore de nombreuses erreurs. ” Le seul moyen que nos prédécesseurs avaient trouvé pour combattre le froid polaire de certaines régions du monde était de demander aux enfants de mettre des breuvages alcoolisés sous le sapin. La tradition s’est étendue à l’ensemble du globe. L’image du Père Noël avec son nez rouge est un héritage lourd à porter encore aujourd’hui. “
  • la tenue anti-G répond aux impératifs de décollages et atterrissages intempestifs sous très fortes accélérations et décélérations. L’aviation de chasse s’est évidemment empressée d’adapter l’idée.
  • le gilet de sauvetage répond aux normes en vigueur, compte tenu des étendues d’eau survolées.

Plus récemment, et soucieux de prévenir la manifestation récurrente de troubles musculo-squelettiques (TMS), c’est un exosquelette qui a été intégré pour assister l’opérateur dans la manipulation des colis.

Le Facteur Humain comme levier d’amélioration pragmatique

rudolph-the-red-nosed-reindeer

Une anecdote qui nous a été comptée illustre le caractère précurseur du département RDPC : bien avant l’avènement de l’aviation grand public, pour faciliter le travail des contrôleurs aériens et diminuer le nombre d’accidents lors de l’atterrissage final à l’aéroport du Pôle Nord, le nez de Rudolphe le renne a été transformé en feu de signalisation rouge.

Par une modification mineure, ayant un coût faible (une ampoule de guirlande par an), ils ont ainsi permis d’améliorer la performance tout en diminuant le risque d’accidents. Une vraie démarche de Facteurs Humains !

C’est ainsi que se conclut cette enquête exclusive, et l’année 2013 ! Il est visiblement temps pour nous de prendre des vacances !

Akiani vous souhaite un très joyeux Noël et d’excellentes fêtes de fin d’année !

*En fait, contrairement à une légende populaire, le costume rouge du Père Noël n’a pas été initié par les publicitaires de Coca-Cola, elle a simplement été rendue beaucoup plus grand public (voir ici)

 

Sami Lini
Sami Lini

Ingénieur-docteur en Facteurs Humains, Sami a d'abord travaillé dans le domaine de la R&D aéronautique. Les Facteurs Organisationnels et Humains opérationnels, la neuroergonomie et la recherche utilisateur (UX) sont ses domaines de prédilection qu’il apporte à nos clients tant dans le domaine de l’industrie à risque que pour les produits grand public.

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