UX days 2026 : ce que l’on retient des conférences
Jean-Christophe Paris 5 juin 2026

Comme chaque année (ou presque), on est allé aux UX days avec toute l’équipe. L’objectif ? Tout couvrir, voir tout ce qui est présenté, écouter tout ce qui se dit, et partager nos interrogations quand il y en a.
Comme on s’est réparti les conférences, le style et le niveau de détail varient. C’est le prix à payer pour avoir une vue d’ensemble de l’événement 😉

Et pour la suite on vous prépare un article dédié à la deuxième journée d’ateliers.

Sommaire :

[Keynote] – Is the future of UX Design Open Source?

Pablo RUIZ-MÙZQUIZ

Résumé

Pablo RUIZ-MÙZQUIZ, fondateur et CEO de Kaleidos la société derrière Penpot, l’alternative open-source de Figma, est venu nous présenter sa vision de l’UX Design dans les prochaines années, notamment impactée par l’arrivée de l’IA.

Il projette vers la conception de logiciels hyper personnalisés, ce qui rejoint des réflexions que nous avons eues en interne chez Akiani. Qu’avec l’IA les utilisateurs vont potentiellement pouvoir concevoir leurs propres applications qui répondent précisément à leurs besoins.

Il fait le constat que les applications de consommation deviennent des outils de création et que les outils de conception deviennent des outils d’orchestration. Un sentiment qui fait écho à ce qu’il se passe notamment aujourd’hui chez Mistral avec leurs développeurs qui sont désormais des orchestrateurs d’IA et la tendance chez le grand public de créer de plus en plus de contenus, de plus en plus facilement, via des applications comme TikTok par exemple. Spotify semble également prendre habilement ce chemin en essayant de négocier des partenariats avec les labels pour permettre aux utilisateurs de pouvoir créer leur propres remix via IA. Ce qui renforce la part que va prendre la conception d’expériences autour des agents, l’Agent Experience (AX).

Pablo nous partage également son retour d’expérience autour de la conception d’un outil open source pour les designers et que malgré une communauté hyper active il reste complexe de faire évoluer un outil avec cohérence qui répond aux besoins et à la vision.

Ce qui nous a questionnés reste cependant son approche où il cherche à ce que le lien avec les développeurs et la technique soit de plus en plus fort. Et que donc Penpot puisse s’adresser aux designers et aux développeurs avec la même prise en main et philosophie.

Nous restons méfiants quant au fait que cela pourrait contraindre les designers dans leur capacité à imaginer de nouvelles solutions et donc limiter leur potentiel créatif.

Ni que cela limite le potentiel des développeurs à améliorer la technologie au service des utilisateurs finaux.

On reste donc curieux des prochaines versions de Penpot qui ont été annoncées pour voir comment tout cela sera traduit dans les interfaces de conception.

Ce qu’on retient

Cette conférence nous conforte dans l’idée que nous ne sommes pas seuls à nous poser des interrogations sur la transformation que l’IA amène sur la portée des applications et le rôle des outils selon les profils.

On partage également qu’il faut activement se pencher sur l’Agent Experience et développer un savoir-faire minutieux pour être en mesure de produire des expériences de qualité et accessibles.

La vision pour Penpot nous questionne mais on restera attentif aux perspectives qui s’ouvriront ou se fermeront avec les prochaines versions et on sera ravi de les tester pour mettre en concurrence Figma.

sketchnote de la keynote d'ouverture des UX days 2026

Comment l’IA peut compléter (sans remplacer) une démarche d’accessibilité numérique ?

Mathieu FROIDURE

Résumé

Mathieu FROIDURE, président de Urbilog, nous invite à vivre l’expérience digitale ardue d’une personne déficiente visuelle et comment l’IA reste un outil qu’il ne faut pas considérer comme solution miracle à l’accessibilité.

Il rappelle que l’accessibilité n’est pas qu’une question de législation, cela doit aller plus loin. Et pour mettre cela en avant il utilise deux exemples très concrets et révélateurs.

Nous sommes alors mis en situation sur le cas de géolocalisation et la visualisation de carte. Et à travers ce cas, qui peut paraître simple, on remarque rapidement qu’aucune solution simple n’existe pour rendre les approches, pensées comme purement visuelles, accessibles. 

Le second exemple nous projette dans la situation de lecture vocale d’un tableau de données plutôt simple. On se rend compte immédiatement que même si les données sont correctement hiérarchisées et structurées, la compréhension reste complexe. Donc rendre les choses accessibles en suivant les normes est une chose, mais proposer une réelle solution aux problématiques rencontrées par les personnes déficientes en est une autre.

C’est là que la place du designer doit s’inscrire pour proposer des solutions malines.

C’est aussi ici que l’IA peut intervenir et offre une opportunité de compensation par ses capacités de réexpression, de multimodalité et de flexibilité.

Mais l’IA est faillible par ses défauts et biais de conception et ne peut répondre pertinemment à tous les scénarios.

Il ne faut donc pas adopter le réflexe du “Tout-IA”, il reste impératif, pour le moment, de concevoir les interfaces accessibles pour tous et dont la forme serve les humains et favorise la compréhension.

L’IA a donc son rôle à jouer dans des cas complexes (visualisation de plans, graphiques complexes,…) pour aider à la compréhension ainsi que comme levier pour répondre au plus grand nombre sans multiplier les interfaces.

Ce qu’on retient

Les enjeux clés derrière le design accessible sont clairement mis en évidence lors de cette conférence, mettant en évidence l’importance que les designers doivent accorder à ne pas seulement respecter les règles, mais aussi à penser leur conception pour le plus grand nombre d’individus, peu importe leur profil.

Les exemples utilisés pour se mettre dans la peau d’une personne déficiente visuelle sont très efficaces et seront intéressants à réutiliser pour appuyer le discours sur le design inclusif.

Il est appréciable d’entendre que derrière la partie ‘wouah’ de l’IA ne se cache aucune réponse unique et universelle aux problématiques liées au design.


Designer des personnalités numériques : les questions soulevées par le Model Design

Morane TOUATI

Résumé

Morane Touati nous fait nous interroger sur nos rapports à l’Intelligence Artificielle (IA) et comment nous, designers, pouvons influencer la manière dont elle est perçue par le grand public.
À travers quelques exemples précis, elle nous montre que l’IA est construite comme une personne, et déclenche souvent l’empathie chez les utilisateurs. Un simple “je réfléchis” à la place de “calcul en cours” donne l’illusion de la conscience à une machine. Les designers ne conçoivent plus des interfaces statiques, mais des personnalités, des relations avec, dans certains cas, un sentiment d’attachement chez l’utilisateur. La responsabilité d’encadrer la création des IA conversationnelles (ou autres dans le futur) incombe aux designers et aux entreprises qui les conçoivent. L’enjeu éthique est de définir quels mots l’IA peut utiliser, quelle tonalité elle peut employer afin de l’avoir comme partenaire et non comme maître.

Ce qu’on retient

La thématique de “comment les designers conçoivent l’IA ?” a été peu abordée pendant ces UX Days. Il est intéressant de pouvoir s’interroger sur notre rôle dans la conception de ces produits et surtout d’amener la dimension éthique au sujet. La présentation est fluide, Morane maitrise son sujet, c’est très agréable à écouter. Son bagage de philosophe qu’elle nous dévoile à la fin donne envie de poursuivre les échanges avec elle.


De l’attention à l’addiction : quand l’UX fabrique la dépendance 

Fatima-Zahra HAMIL & Pascal MALOTTI

Résumé

Fatima-Zahra Hamil et Pascal Malotti nous présentent leur framework pour ramener un peu d’éthique dans la conception des produits digitaux. Certaines plateformes utilisent des structures addictives pour forcer leurs clients à consommer, certaines d’entre elles ont même été condamnées par la justice pour des pratiques manipulatrices. Le consommateur va au bout de son expérience quand il est en confiance, Fatima et Pascal ont eu l’idée de restaurer cette confiance en développant une nouvelle méthodologie afin de remettre l’utilisateur au centre des décisions business. Ce framework, appelé PACTE, permet de mesurer si le produit est en train de glisser vers un design trompeur et propose audit, ateliers et cartes pour travailler sur la confiance des utilisateurs.

Ce qu’on retient

Les dark patterns sont au cœur de nos préoccupations en tant que designers, nous avons même écrit un article sur le sujet (lien) il est toujours agréable de constater que d’autres designers mettent à disposition des outils pour nous aider à rendre les expériences moins obscures pour les utilisateurs. 


Les choix qu’on ne faisait pas : quand un designer reprend le pouvoir sur le code

Antoine PEZÉ

Résumé

Peut-on s’improviser développeur avec l’aide de l’IA ? Est-ce que moi, petit designer dans mon coin, moi qui n’ai pas d’expérience en développement, je peux créer ma propre application ? C’est ce dont nous parle Antoine Pezé à travers son expérience personnelle.

Pendant longtemps, développeur était ce métier un peu obscur et difficile d’accès. On ne s’improvisait pas développeur il y a quelques années. Mais aujourd’hui, à l’aide de l’IA, le pourrait-on ?

Antoine Pezé nous raconte comment, grâce à Claude Code, il a pu créer une application de toutes pièces, du début à la fin, et ce, sans aucune connaissance dans le sujet. Alors oui, l’IA nous permet de créer, de nous aventurer dans des sujets que nous ne maîtrisons pas, mais doit-on se contenter de ces rendus ? Quel est le degré de qualité que nous devons nous fixer en tant que professionnels et spécialistes du sujet ? La vérité, c’est que ce témoignage a surtout soulevé tout un tas de questions. Parce que jouer avec l’IA et créer une application plus ou moins fonctionnelle, c’est une chose. Le faire bien, c’en est une autre. Créer pour soi laisse le droit à l’erreur, mais qu’en est-il de proposer ce système à des clients ? C’est là que nos interrogations surgissent. 

Baisser les standards de conception et de production au seul nom de la rapidité, est-ce acceptable pour un client ? Ne faut-il pas, en tout état de cause, avoir la capacité et l’expertise de pouvoir remettre en question le travail produit par l’IA ?

Dans la finalité, ce que nous retiendrons, c’est que, dans les grandes lignes, oui, l’IA permet de découvrir des domaines dans lesquels nous ne sommes pas spécialistes. Mais attention : l’IA ne propose pas toujours de la qualité, et il reste important de savoir identifier les faiblesses de ce qu’elle produit.

Ce qu’on retient

L’ensemble laisse un sentiment de malaise tant on a le sentiment d’une forme complète d’abandon à la technologie : il était designer (mais l’était-il finalement ?), il devient développeur (mais l’est-il vraiment ?) en semblant au passage laisser tout à fait de côté ce qui fait la compétence du designer : cohérence des parcours et expériences, architecture de l’information des pages, homogénéité graphique, expérience dans son ensemble. Tout est laissé à la main de la machine, et l’app donnée à voir (“offerte” nous est-il dit) en illustre absolument tous les travers, au même titre que le support graphique de l’intervention dont tant la forme que la formulation du fond sont clairement issues des neurones artificiels de Claude ou un de ses petits amis IA. 

Une fascination avec un manque étonnant de prise de recul. Plus étonnant encore en ce qu’elle concerne un ingénieur cogniticien, dont c’est bien le métier de mettre la technologie en perspective de son usage. Une forme de syndrome de Stockholm appliqué à la technologie numérique ?


Concevoir les espaces de discussion : quand l’UX influence qui prend la parole 

Rachel TORCHET

Résumé

Rachel Torchet nous questionne quant à l’inclusivité réelle au sein des espaces de discussion comme les conférences. Rachel est ingénieure de recherche au sein de l’Institut Pasteur, et donc familière du secteur scientifique. Chaque année, elle participe à la conférence JOBIM (Journées Ouvertes en Biologie, Informatique et Mathématiques), et à l’occasion de la session 2021, elle mène une étude sur l’inclusivité. Notamment autour des sessions de questions-réponses.

Elle note un phénomène marquant : ce sont très majoritairement les hommes séniors qui s’approprient la parole et dominent les échanges.

Déséquilibre qu’elle confirme dans d’autres événements, dont les UX Days. 

Ce que Rachel pointe du doigt, ce ne sont pas les participants, mais les règles d’interaction. Elle encourage à redésigner les protocoles concernant l’attribution de la parole pour qu’ils soient plus inclusifs. 

Quelques solutions évoquées : 

  • Un code de conduite explicite pour que les participants soient alignés sur les mêmes valeurs.
  • Des modérateurs actifs, qui ont pour recommandations d’équilibrer la prise de parole entre les profils (juniors/seniors, H/F, etc.).
  • L’adoption d’un langage sensible au genre.
  • Intégrer des solutions de garde d’enfants (ou des alternatives en ligne qui, sans remplacer la garde, permettent à plus de femmes de participer selon Rachel)
  • Enfin, elle évoque de demander l’avis d’experts et de garder un suivi statistique sur la participation pour mesurer les progrès réels.

Ce qu’on retient

Le sujet est évidemment important. La parité ne doit pas être qu’une valeur, mais un objectif bien concret. Les recommandations poussées par Rachel nous aident à dégrossir le sujet pour mettre en place un suivi bien réel.

Cependant, il a peut-être manqué un retour d’expérience sur la réalité que représente l’instauration de ces pratiques dans une entreprise demain. Notamment avec la rigueur des travaux qu’utilise Rachel pour illustrer son propos, on peut vite (à tort) arriver à la conclusion que cela représente un chantier (et donc un coût) trop important pour que le projet soit même considéré.

Il a manqué de bonnes pratiques pour aider toutes et tous à intégrer ce suivi, faire murir ses équipes, et identifier la première marche, aussi petite soit-elle.


[Keynote] – Accessibility as Infrastructure in the Age of AI 

Anna COOK

Photographie d'Anna Cook pendant sa conférence aux UX days 2026

Résumé

Anna E. Cook est Américaine et senior designer chez Microsoft Azure et comme beaucoup d’Américains, elle excelle dans l’art de présenter des sujets. Ce n’est pas tous les jours que des illustrations dans une présentation sont assorties à la couleur des cheveux de l’intervenante ! Anna s’exprime très bien, sa personnalité est pétillante et ses slides sont belles. Bon, on doit l’avouer, elle a réussi à capter instantanément notre attention. Et c’est bien joué, parce que le sujet qu’elle aborde mérite toute notre attention : l’accessibilité à l’ère de l’IA.

Jakob Nielsen nous raconte qu’il suffira de poser un diagnostic, par exemple : je suis aveugle, et pouf comme par magie une nouvelle interface se matérialisera pour mon besoin. Fini le design déterministe, c’est l’ère de la personnalisation qui commence, l’IA comprend tous les utilisateurs ! Plus besoin de penser la structure, plus besoin de vérifier si les informations sont pertinentes et bien rangées, plus besoin de développer du code accessible… l’IA le fera !
“But compelling stories are not the same as accurate ones.”

Anna n’est pas aussi emballée par la promesse de l’IA, cette solution miracle et sans effort n’est pas à l’ordre du jour, on est même très loin du compte. Les chiffres actuels ne sont pas bons et encore trop d’utilisateurs se retrouvent exclus en consultant nos interfaces, et ces données empirent avec les interfaces générées par IA. 

Alors, comment reprendre la main sur l’histoire qui se raconte ?
En détruisant les mythes :

  • Mythe numéro 1 : La conception déterministe est morte.
    Le design n’a jamais été déterministe, l’état final et figé d’une interface n’existe pas, les utilisateurs ont une grande variété d’usages de nos interfaces.
    Nous devons concevoir des expériences en tenant compte des différents modèles d’interactions. Un système, s’il est bien conçu, permet à chacun d’obtenir ce dont il a besoin, au moment où il en a besoin, et de pouvoir modifier ses besoins à tout moment.
  • Mythe numéro 2 : Le diagnostic est une stratégie de conception.
    Pour se baser sur un diagnostic, faut-il encore que l’utilisateur le connaisse. Anna nous partage son expérience, elle a subi récemment des troubles de la vision, mais avant de poser un diagnostic elle avait déjà commencé à modifier son usage des produits numériques en zoomant dans les interfaces. Encore une fois l’interface doit s’adapter, peu importe les profils.
  • Mythe numéro 3 : La personnalisation remplace la prévisibilité.
    Imaginez que l’IA puisse réécrire les mécanismes à la volée et les personnaliser pour chaque utilisateur, la cohérence n’est plus garantie. Les technologies d’assistance nécessitent une structure prévisible pour interpréter, annoncer et naviguer dans les interfaces. Sans navigation cohérente, hiérarchie fiable et comportement prévisible, la personnalisation sombre dans le chaos.
  • Mythe numéro 4 : L’IA peut réparer les structures endommagées
    En 2025 le rapport « 2025 Million » de WebAIM signalait des erreurs d’accessibilité sur 94,8 % des pages d’accueil, en 2026 ce chiffre augmente de 10%. Les LLM s’entraînent sur un système pauvre en accessibilité. L’IA ne peut pas réparer une structure défaillante, elle en hérite et la reproduit à grande échelle.

Vous l’aurez compris, l’IA ce n’est pas de la magie et les interfaces ont besoin de s’adapter à tous et dans toutes les situations. Les systèmes accessibles sont structurés, les systèmes structurés sont analysables, les systèmes analysables sont interprétables par l’IA. L’accessibilité n’est pas une couche qu’on ajoute par-dessus à la fin du projet, c’est une constante à prendre en compte dans chaque décision design. Anna nous invite tous à remettre l’accessibilité au centre de l’histoire.

Ce qu’on retient

Avec tout son charme et sa présentation 5 étoiles, Anna nous fait un recadrage bienvenu sur le sujet de l’accessibilité. Et on va être honnête, ça nous a semblé nécessaire, on est tous subjugués par l’IA en ce moment et il serait vraiment dommage de retourner à l’âge de pierre des interfaces parce qu’on n’a pas gardé en tête l’expérience de nos utilisateurs, TOUS nos utilisateurs. Et voir une designer américaine qui reste enthousiaste pour les combats à mener pour l’accessibilité alors qu’elle évolue dans un pays dont ce sujet n’est pas une priorité, cela motive !


Designers, l’IA va nous rendre idiots… ou meilleurs

Bastien HUGHES

Résumé

“Si la machine est faite pour s’adapter à l’homme, il arrive que l’homme s’adapte à la machine” – François Le Lionnais, 1956.
Bastien Hughes est ancien journaliste. Il parle bien. Il ne dit jamais “euh” ou “euuuuuh”. C’est très agréable. Le début, ce sont des vidéos de l’INA, il y a du Georges Bernanos, Il part des inquiétudes que suscitent les technologies et des impacts qu’on leur attribue sur la cognition. Alors là, c’est nous que ça commence à inquiéter, parce que présenter une étude sur l’atrophie cognitive liée à l’utilisation de ChatGPT, en enchaînant sur le fait qu’elle n’est pas vérifiée, on ne va pas mentir, ça nous chagrine un tantinet. Surtout après nous avoir expliqué que ce phénomène s’était déjà produit avec rien de moins que la calculatrice, les recherches Google et le GPS. Puis la fameuse étude du MIT sur les 80 à 95 % de projets en IA qui n’aboutissent pas, alors qu’elle est elle aussi très critiquée. Et donc inquiétude sur l’impact sur les compétences des designers.

Bon.

Mais le propos suivant, il nous plait bien : une logique de “nutriscore de l’IA”, entre l’utilisation de l’IA pour développer sa propre expertise, en sparring partner, et ça on est déjà très convaincus de l’intérêt en interne, et à l’autre bout du spectre l’utilisation de l’IA pour les tâches à faible valeur ajoutée, et ça aussi on aime bien ! 

Et dans les tâches chronophages à faible valeur ajoutée, il y a l’analyse des verbatims.  À nouveau, on est un peu chagrins. 

Pour illustrer l’incapacité de l’IA à produire de la valeur spontanément, on nous montre des captures d’écran de conversations Claude. Dont tout le monde dans la salle connaît parfaitement le caractère non déterministe. Ok.

Et puis finalement (mais tout le monde dans l’équipe n’est pas d’accord sur ce dernier point), le coup de grâce : “la véritable opportunité de l’IA c’est, pour les designers qui connaissent leurs utilisateurs (du coup c’est pratique, comme on les connaît on gagne du temps ?), de prototyper rapidement des idées qui ne seraient jamais sorties du placard, en utilisant Figma Make, Lovable, Claude”. Et puis derrière, on nous présente un processus où des personas, incarnés par l’IA sont interrogeables, pour permettre du prototypage rapide, réalisé là aussi par l’IA. 

Bon moi à ce moment-là, il m’a perdu. On s’inquiète du brain rot, mais on fait du prototypage rapide avec de l’IA, parce que visiblement les outils qu’utilisaient les designers ne permettaient pas du prototypage rapide contrairement à ce qu’on a vendu à nos décideurs depuis 15 ans. Et puis on fait incarner des personas à des IA, parce qu’après tout pourquoi pas, hein, un persona c’est bien un utilisateur, non ?

Bref, on en ressort mi-figue mi-raisin. Mais pour dire la vérité, le pauvre Bastien prend aussi pour la journée et demie qui a précédé, et les mois sur Linkedin plus encore, où on sature un peu de ce discours des designers qui disent le matin “l’IA va nous faire disparaître” et l’après-midi “mais regardez ce que j’ai fait designer d’incroyable à mon IA, je n’ouvre plus Figma”. 

On va se prendre une verveine, et on se reparle dans quelques mois.

Ce qu’on retient

Le propos était bien amené et les exemples pertinents. Bastien se veut rassurant sur l’avenir des designers à condition que nous prenions conscience de nos valeurs. On aurait aimé avoir plus d’exemples concrets sur le fonctionnement chez Bouygues Telecom sur la proportion de tâches accomplies entre humain et IA. La frontière semblait floue et pouvait laisser penser que les designers ne conçoivent plus vraiment, mais commandent à une machine de le faire, ce qui rentre en contradiction avec le propos de la conférence.


Miroir, mon beau miroir, l’IA va-t-elle me remplacer ? 

Quentin LEDOUX

Résumé

Quentin LEDOUX, psychologue et product designer ainsi que le co-fondateur du réseau Donut Panic, essayent de nous éclairer et de nous rassurer autour de la question que la plupart des designers se posent, “l’IA va-t-elle nous remplacer ?”.

Il ouvre le sujet en dressant le bilan des risques, de la progression et de la performance de l’IA selon les dernières études. Spoiler, l’IA performe bien dans des secteurs où nous pensions être en maîtrise, mais cela ne date pas d’hier, en le démontrant à travers une rétrospective des différentes révolutions technologiques.

Mais l’IA, malgré ses performances, n’arrive pas encore à instaurer un climat de confiance, car la valeur empathique réside dans le fait qu’il y ait un humain en face. L’IA a une réelle capacité de rendre chaque individu plus productif, mais pas le collectif.

La suite de la présentation vise à questionner sur d’où provient cette peur et quelle valeur nous accordons-nous ? À travers différents témoignages, les designers craignent de ne plus être qui ils sont dans toutes leurs facettes. L’IA révèle nos fragilités.

Vient alors la question de “Que pouvons-nous faire ?”. De la même manière que nous consultons régulièrement des benchmarks et que nous testons de nouveaux outils, Quentin nous invite à faire ce que nous faisons avec nos utilisateurs, nous questionner.

Ainsi à travers ce travail d’introspection, on pourra identifier nos peurs et l’identification est le vrai “problème à craquer” pour trouver notre place parmi ces nouveaux outils et technologies.

Car une fois le problème identifié, nous, designers, trouverons des solutions pour y répondre.

Ce qu’on retient

Ce REX, nous offre une remise en contexte de la situation que nous vivons actuellement avec l’avènement de l’IA en tant que designer et que ce moment a déjà eu lieu dans l’histoire à maintes reprises. Les questions soulevées sont intéressantes pour essayer de bien se placer parmi tous les champs de l’IA et ses progressions rapides et constantes.

Le travail de synthèse est appréciable pour montrer que nous ne sommes pas seules dans cette situation et que via nos capacités de designer, on peut comprendre notre valeur et l’exploiter dans un environnement où l’IA ne peut apporter toutes les réponses et les savoir-faire.


Concevoir pour ceux qui font la radio 

Clara d’ARCO & David DUHAMEL

Résumé

Clara d’ARCO, UX Designer et David DUHAMEL, Lead UX Designer chez Radio France nous dévoilent les coulisses de comment ils ont refondu les outils internes dans le but de répondre à un nouvel usage.

Auparavant le numérique était une extension du modèle de production et les outils étaient conçus dans cette philosophie. Mais l’arrivée des plateformes numériques a bouleversé les besoins de production et la façon de concevoir les contenus. La radio n’est plus le seul point de départ et cela entraîne des frictions et des frustrations dans l’usage de ces outils qui ne sont plus adaptés.

Ils ont décidé de refondre cas d’usage par cas d’usage, pour s’assurer de répondre à des problèmes concrets et proposer des améliorations tangibles. Ils ont baptisé ce projet “Le chemin des sens”, celui-ci fait référence au parcours entier de production, de l’idée à l’écoute par un auditeur. 

Ils ont donc imaginé une suite d’outils interconnectés en temps réel avec une UX cohérente pour simplifier les parcours et réduire drastiquement les étapes de production.

Ainsi, en proposant une authentification unique, des principes de design partagés et en plaçant le contenu au centre, ne le rendant ainsi plus dépendant d’une date de diffusion, ils sont parvenus à rendre la publication simple, en passant de dix à trois étapes.

Après avoir exposé leur méthodologie et leurs résultats, ils ont présenté leur approche d’intégration de l’IA dans leurs outils. L’IA est pensée comme un assistant. Elle sert notamment de support éditorial, d’outil de détection des temps forts ou d’extraction des métadonnées musicales et éditoriales.

Ils ont également insisté sur la position qu’ils se sont fixée afin d’assurer la production d’outils performants, ils conçoivent pour les auditeurs même si leurs travaux portent sur des outils internes.

Ce qu’on retient

Ce REX, très bien conduit, nous a permis de bien comprendre leur problématique, leur approche et quels résultats ils ont obtenus dans un environnement complexe où les usages sont très ancrés. Leur partage très ouvert des interfaces produites et des fonctionnalités développées est très appréciable et permet de vraiment illustrer leur travail.

Ils présentent de nombreux travaux réalisés avec les utilisateurs qui ont porté leurs fruits, ce qui est rassurant dans une ère où la recherche utilisateur est challengée par l’IA.

Il aurait été intéressant d’avoir une présentation de leur roadmap macro pour comprendre comment ils ont organisé leurs chantiers, les temps de refonte de chaque outil et les problématiques rencontrées pour livrer le tout de façon continue.

Malgré un léger manque de temps de présentation sur la fin, le format proposé est très clair et bien mis en forme, ce qui met bien en valeur leurs travaux.


Fiction et design : concevoir depuis ce qui dérange

Marine LOCHET

Résumé

“Fiction et design : concevoir depuis ce qui dérange”, on ne va pas se mentir sur le papier ce titre accrocheur fait envie. Marine Lochet commence par nous raconter une histoire fictive où des enfants vivent heureux dans une société de rêve sans savoir qu’ils sont élevés pour leurs organes ! Terrifiant n’est-ce pas ?  Elle finit par l’histoire bien réelle d’Aza Raskin, l’inventeur du geste numérique pour faire défiler le contenu et qui fonctionne maintenant à l’inverse de son intention initiale en vampirisant l’attention des utilisateurs, l’enfer de notre monde moderne.
Marine aborde donc le sujet des frictions parasites, vous savez tous ces petits obstacles qui perturbent notre navigation, que nous autres designers cherchons à éliminer pour rendre les expériences plus fluides, et c’est plutôt une bonne chose… non ? Eh bien selon Marine, pas toujours. L’industrie du design, dans sa quête d’éradication totale des frictions parasites, peut éliminer au passage la friction protectrice. Oui, apparemment il y a la bonne et la mauvaise friction, c’est ce que nous explique Marine. Certains obstacles sont posés délibérément dans les parcours utilisateurs, non pas pour les perdre, mais pour les aider à faire un choix en conscience. Par exemple, inviter l’utilisateur à taper le mot “supprimer” au lieu de cliquer sur un bouton pour l’aider à réaliser la criticité de l’action. Marine étant du secteur bancaire, plus d’une fois a-t-elle dû se poser la question de la “bonne” fluidité.
La fluidité absolue recherchée par les designers anesthésie les utilisateurs et peut altérer leur jugement, qui n’a jamais cliqué sur « Suivant » sans rien lire ? Alors, Marine nous invite à réintroduire la friction protectrice dans nos conceptions et protéger les utilisateurs au moment où ils doivent prendre des décisions importantes.

Ce qu’on retient

Si le sujet est très intéressant, la forme de la conférence un peu moins. Marine a essayé de nous toucher avec son univers et ses références, on sent qu’elle a une belle culture littéraire, mais on aurait aimé une présentation plus dynamique. La conférence était sous forme de lecture accompagnée de diapositives statiques, c’était très linéaire. Sans remettre en question le fait de lire un texte sur scène, il aurait été sûrement plus impactant de montrer une histoire ou des éléments plus dynamiques à l’écran, et laisser le récit de Marine fonctionner comme une voix off.


Qualité : une boussole concrète pour penser, choisir et concevoir

Elie SLOÏM

Résumé

Si vous nous suivez un peu, vous savez qu’Opquast on aime bien, l’équipe est 100% certifiée, et puis il s’avère qu’Élie, on le connaît depuis longtemps et on l’aime tout aussi bien. Alors on ne va pas être très objectifs bien sûr, mais bon c’est bien tout l’objet de cet article de vous donner notre ressenti subjectif. 

Donc l’idée de la conférence, c’était de faire la preuve de l’intérêt d’une démarche qualité dans le domaine du numérique. Pas parce que faire de l’assurance qualité, c’est viser l’excellence, mais parce que ça donne les moyens de maîtriser sa qualité produite. Le modèle VPTCS qu’on aime bien a été présenté, notamment pour ce que ça illustre des périmètres à intercepter lors de la conception : 

  • Visibilité du service, au sens principalement SEO, 
  • Perception, au sens cognitivo-perceptuel, 
  • Technique, ce qu’il y a sous le capot, 
  • le Contenu, la partie édito, 
  • et enfin Service, dans le sens des services complémentaires, livraison, support, etc., 

L’instanciation du modèle aux domaines de l’UX/UI a aussi été présentée, ce dont on est moins fan, mais bon les goûts/les couleurs après tout.

Ce qu’on retient

Au-delà du strict périmètre d’Opquast, on a aimé le focus sur le principe de Pareto, cette idée de viser les 20% de causes qui produisent 80% des effets pour améliorer la situation, d’autant plus à l’ère de l’IA et sa fâcheuse tendance à nous aider à atteindre très vite un résultat correct et à nous faire incroyablement galérer à finaliser !

Enfin, on réinsistera une dernière fois sur tout l’intérêt qu’on continue à trouver à Opquast, dans la pratique de nos métiers, on réinsistera d’autant plus qu’Élie a réussi le tour de force de ne citer le produit qu’une seule fois dans sa conférence. 

On profite de l’occasion pour venir au secours de son excès de modestie. Donc, pour la définition d’un socle commun et large, allant évidemment de l’utilisabilité, l’accessibilité au design graphique, mais surtout en couvrant les questions de sécurité, de performance, d’éditorialisation, de SEO, etc. Ça n’a rendu personne chez nous expert de ces domaines bien évidemment, mais par contre ça nous permet chaque jour d’accompagner nos clients en insistant sur la nécessité de penser tôt la “désilotisation”, la collaboration entre tous les corps de métier autour du produit final !


Designing for Privacy in an Increasingly Public World

Robert STRIBLEY

Résumé

Concevoir pour la confidentialité, c’est le mot d’ordre de cette conférence. En tant que designers, ça paraît évident, pourtant il est toujours utile de faire un état des lieux de la confidentialité dans le milieu du numérique.
Dans cette conférence, Robert STRIBLEY nous rappelle un fait essentiel : la confidentialité doit être plus qu’une simple case à cocher en fin de projet. C’est un enjeu central du design, à prendre en compte dès le départ.

Pour bien illustrer l’étendue du manque de confidentialité que nous vivons au quotidien, Robert STRIBLEY nous confronte à des cas auxquels on ne pense pas toujours : les voitures connectées, les aspirateurs, les objets du quotidien qui, au nom du pratique, nous espionnent à notre insu.

La vérité, c’est que les choix de confidentialité sont une responsabilité des designers. C’est à eux de mettre en place les bonnes pratiques pour aider l’utilisateur à faire ses propres choix. 

Pour cela, il nous liste de bonnes pratiques à mettre en place : rendre visibles et accessibles les outils de confidentialité (plutôt que de les enfouir dans les paramètres), intégrer les informations de confidentialité dès l’onboarding, ne jamais modifier les préférences de l’utilisateur sans le notifier, toujours paramétrer la confidentialité par défaut… Ce sont ces actions, que nous liste Robert STRIBLEY, qui font la différence et que nous, en tant que designers, devons prendre en compte.

Ce qu’on retient

Une conférence qui, au premier abord, enfonce presque des portes ouvertes, et pourtant, nous ne sommes jamais trop prudents ou trop alertes en ce qui concerne la confidentialité. C’est même une bonne piqûre de rappel puisque les designers eux-mêmes utilisent parfois volontairement des dark patterns pour laisser libre cours à ces failles de sécurité (les petits messages importants cachés au fin fond d’une page un peu trop discrète…). Au final, nous retiendrons qu’il est de la responsabilité du designer de proposer le meilleur produit possible, tout en garantissant à ses utilisateurs une expérience respectueuse de leur vie privée.


Du Proof of Concept au Proof of Care : concevoir avec les vulnérabilités, pas malgré elles 

Nadège BIDE

Résumé

On ne va pas se mentir, jusque-là on avait beaucoup entendu parler d’IA et c’était un peu l’overdose. Alors clairement, une intervention comme celle de Nadège fait du bien. Une approche de terrain, sur un sujet de société. Le rappel d’un outil que l’on utilise trop peu souvent, et surtout beaucoup d’humanité dans la démarche. Tout ce qu’on aime.

Le travail que nous partage Nadège est issu d’une étude de mémoire réalisée avec plusieurs camarades de promotion du DIU Philosophie, Design Ethique & Care du CNAM. Le projet s’intéresse à la ville d’Arcueil en région parisienne avec l’objectif de travailler sur le vaste sujet des vulnérabilités de ce territoire. En s’intéressant aux bons et aux moins bons côtés.

Habitués aux démarches de recherche utilisateur plutôt cadrées, on avait une petite idée de comment ce sujet peut être abordé. Mais là Nadège nous surprend, en mentionnant comme “boussole” la charte du Verstohlen qui recense dix principes, non hiérarchisés, que l’on ne peut pas voler : Perspective, Silence, Preuve de soin, Climat de soin, Soin aux morts, Furtivité, Homéostasie, Enquête, Compagnonnage, Demeurer. C’est cela qui va guider l’approche du groupe de travail. 

Pour collecter le matériau, Nadège et ses camarades ont travaillé avec des cartographies sensibles, en exploitant la diversité des sensibilités dans le groupe : approche historique, photoreportage des quartiers, carte de flux, croquis et dessin à partir d’observations, etc.
En parallèle de ces déambulations, des entretiens sont réalisés avec certains acteurs du territoire, comme la maison des solidarités, qui eux aussi connaissaient l’approche de cartographie sensible. De quoi faciliter le croisement de regards quand on parle le même langage. 

Dans la deuxième partie, Nadège décrit comment son équipe a fait émerger une problématique pour définir les partis pris à développer. On ne vous spoilera pas. En fait, on ne veut pas dénaturer les partis pris et les sorties de la démarche. Alors on vous recommande d’aller regarder le replay ! 

Ce qu’on retient

Dans un monde où tout le monde veut aller plus vite, il est important de se poser cinq minutes et de s’interroger sur ce que l’on fait. Nadège aborde un point important sur ces choix que l’on doit faire pendant une démarche design. Concrètement, sa présentation ne présente aucune anecdote issue du terrain. Elle a fait le choix de ne pas rendre visible une petite partie d’un ensemble très hétérogène et duquel il aurait fallu extraire, arbitrairement ou non, un sous-ensemble. 

Autre point remarquable, c’est le changement de posture et de perspective auquel invite Nadège. Passer du Proof of Concept au Proof of Care ❤️, en revoyant ces critères. S’intéresser sincèrement et avec toute sa subjectivité aux vulnérabilités, plutôt que de les mettre de côté. Revenir à l’essence du design en quelque sorte, avec une vraie préoccupation pour l’humain. Tout cela nous parle vraiment bien.


Comment une communauté utilisateur peut transformer les prises de décision

Isabelle PREUD’HOMME & Claire FRANQUEVILLE

Résumé

Le CNED, c’est un public comme peu d’organisations en connaissent : des apprenants qui suivent leurs cours sur un bateau, dans une salle d’attente, ou depuis l’autre bout du monde. Des classes de 3 000 ou 4 000 personnes qui ne se sont jamais croisées. Autant dire que la phrase « on ne peut pas correspondre à tout le monde » y a longtemps tenu lieu de politique produit.

Isabelle Preud’homme, directrice d’innovation, et Claire Franqueville, designer au sein du lab innovation, sont à l’origine d’une démarche UX qui a cherché à changer ça, en donnant directement la parole aux apprenants.

Une communauté construite sur deux plateformes

Tout commence par un POC sur Discord, avec 300 bêta-testeurs attendus pour l’application mobile en développement. Résultat : plus de 600 inscrits. Premier enseignement : les utilisateurs veulent participer, à condition qu’on leur en donne les moyens et une bonne raison.

Ce qui a émergé dépasse ce qu’on pouvait anticiper. Des audits spontanés de l’application sur une dizaine de pages. Des prototypes HTML/CSS fonctionnels créés par des apprenants qui avaient décidé de fabriquer eux-mêmes ce que la plateforme ne proposait pas encore. Certains cherchaient même les API du CNED pour bricoler leurs propres outils.

La version 2, sur Discourse, est intégrée directement dans le parcours apprenant. Elle a doublé la communauté avec moins d’efforts de communication, et permis de structurer l’engagement : projets longs avec sessions bornées, sondages rapides pour les contributions ponctuelles.

Deux visions, une tension productive

Au CNED, concepteurs pédagogiques et designers UX partent de logiques opposées : là où l’un cherche à réduire la friction, l’autre la considère comme un levier d’apprentissage. Difficile de trancher sur la seule foi d’une conviction de designer.

La communauté a changé la donne. Arriver en réunion produit avec des verbatims réels, c’est cesser de défendre une opinion pour commencer à rapporter une réalité. Les deux intervenantes se sont positionnées en avocates des utilisateurs, et ça a fini de convaincre, jusqu’à la direction générale.

Ce qu’on retient

Cette conférence nous a encore montré à quel point les designers UX sont importants pour aller chercher la donnée utilisateur et convaincre des décisionnaires de l’impact des choix design. Les intervenantes se sont présentées comme avocates des utilisateurs, et c’est un positionnement que nous devons garder plus que jamais. C’était une conférence qui exposait un cas concret, et ce fut un plaisir de sentir l’implication et le sérieux des intervenantes, cette présentation sans IA était une bouffée d’air bienvenue.

Jean-Christophe Paris Directeur de la recherche utilisateur

Spécialisé en Ingénierie des Facteurs Humains, Jean-Christophe a participé à de nombreux projets dans le domaine de la R&D automobile. Il apporte sa double compétence scientifique et technique dans les approches de conception centrée sur l'humain. L'analyse de l'activité et sa modélisation sont ses spécialités.