UX Days 2026 : ce que l’on retient des ateliers
Jean-Christophe Paris 11 juin 2026

Après l’article détaillé sur les conférences, place à la pratique. Pour cette deuxième journée, on a également pu couvrir l’ensemble des ateliers pour vous raconter ce qui s’y est passé et surtout ce qu’on a retenu. Un article une nouvelle fois rédigé à plusieurs mains avec un style et des angles abordés différents (mais c’est ce qui fait le charme d’une équipe).

Sommaire

Le Procès du Designer – Atelier immersif sur l’identité du designer à l’ère de l’IA 

Valérie KOPLEWICZ & Marie-Constance MENDES

Résumé

Il y a des ateliers dans lesquels on s’ennuie un peu. Celui-là, non.

Le concept est simple, mais efficace : dès l’arrivée, chacun pioche son rôle pour la prochaine heure et demie. Procureur, jury, journaliste, accusés. Dans un très bon hasard, je m’en sors bien : me voilà jurée. Je dois donc écouter avec attention le procès du siècle.

L’affaire du jour ? Un projet livré à un client qui a mal tourné. En cause : une équipe marketing qui, armée d’outils IA, a produit, validé et lancé ce produit sans impliquer l’équipe design et sans vérification en amont. 

Comment, pourquoi ? Telles sont les questions.

Passer une heure et demie en procès à écouter l’accusé, la défense, les témoins, c’est franchement prenant. Dynamique, parfois drôle, le format entraîne facilement. Mais derrière cette mise en scène se cache une question bien plus importante : quelle est la place du designer dans un monde où l’IA semble faire le travail à sa place ? Est-ce que l’expertise d’un designer a encore sa valeur si une IA peut générer des maquettes et des prototypes en quelques secondes ? Et si oui, qui est responsable quand les choses tournent mal ?

Ce que révèle cet atelier, c’est une réflexion qu’on ressent sans vraiment réussir à la formuler : l’IA ne remplace évidemment pas le jugement d’un professionnel, mais elle le court-circuite de plus en plus facilement. Et dans ce court-circuit, c’est avant tout la rigueur, l’éthique et l’intention derrière le design qui prennent un coup. Il est donc du devoir de toute l’équipe autour d’un projet de bien établir les limites et les besoins concernant l’utilisation de l’IA. 

Ce qu’on retient

L’IA, c’est un outil, mais ce n’est pas la solution à tout. Elle ne marche pas seule et ne marchera jamais seule. Il est du devoir du designer de faire comprendre que son expertise n’est pas obsolète et ne le sera jamais vraiment totalement. Sous couvert d’un procès un peu humoristique et dynamique, cet atelier nous montre quels sont les avantages et les problématiques posés par l’utilisation de l’IA, et quelle est la part de responsabilité d’un designer dans l’utilisation de cet outil. Un sujet que l’on travaille en interne avec un cercle dédié au sujet de l’IA dans nos métiers.


Concevoir la décision : où le design influence vraiment les choix produit 

Antoine VOLAND-LOGERAIS

Résumé

Antoine Voland-Logerais est calme et serein, il nous accueille dans son atelier avec beaucoup de bienveillance et une démarche sincère en nous promettant que, dès lundi (oui oui, direct après les UX Days), nous aurons des améliorations à mettre en place dans nos structures/projets.
Le poste de designer a évolué au fil des années et la dimension stratégique du métier a pris une grande ampleur. Le designer n’est plus un producteur d’écran, c’est un accompagnateur dans la prise de décision et pour jouer ce rôle il faut être bien armé. Antoine nous fait donc travailler par groupe et poser sur la table toutes les situations, les nœuds, que l’on peut rencontrer dans chaque étape de la vie d’un produit :

  • Pendant la phase stratégique
  • Pendant l’émergence des besoins
  • Pendant la découverte des solutions
  • En phase de delivery
  • Dans la phase d’amélioration


Notre groupe se focalise sur une étape de la delivery qui est le passage de relais avec l’équipe développement, nous affinons les situations réelles que nous rencontrons et réfléchissons à ce que nous pouvons faire pour les améliorer/régler. Et quoi de plus efficace qu’une table, des post-it et des designers pour trouver des pistes de solution, au final ? Une fois tous nos post-it remplis d’actions à mener, nous les reportons dans une matrice de priorisation et regardons les post-its présents dans la partie Quick Wins -> c’est ce que nous emportons chacun avec nous à mettre en œuvre dès lundi, par exemple : « en début de projet, imposer la présence d’un représentant des devs (lead) qui portera la connaissance dev tout le long du projet et sera invité à tous les échanges.”
Chaque petite brique de solutions à mettre en place vient renforcer notre pouvoir de décision et mesurer les impacts sur la globalité d’un projet/une équipe.

Ce qu’on retient

Antoine met les designers autour de la table et les fait parler entre eux et il réussit même le tour de force de nous faire continuer les échanges après les UX Days. C’était plaisant d’avoir un cadre d’échange entre designers pour parler de cas que l’on rencontre vraiment, nous n’étions pas sur des cas fictifs. On a, somme toute, appliqué ce qu’on fait avec nos clients sur nous-mêmes, mais il semble qu’il nous faille un événement comme les UX Days pour que ça se produise.


Maîtriser le data storytelling : de la donnée brute au choix conscient 

Myriam JESSIER

Résumé 

Myriam est une oratrice haute en couleur qui n’hésite pas à prendre tout un tas d’exemples pour appuyer ses propos. Impossible de piquer du nez avec elle ! Pour débuter, Myriam pose la définition du data storytelling : des données, une narration et de la visualisation. Cela paraît très simple dit comme cela. Mais cela ne l’est pas tant que ça. La session vise donc à partager quelques grands principes pour augmenter l’impact de la présentation de résultats. Typiquement une grosse partie du travail des researchers. 

Myriam partage avec les groupes ce qu’elle a appris au fil de ses présentations face à des décideurs. La base, c’est de bien penser au fait que quelqu’un d’autre doit pouvoir parler de ce qu’il va voir à d’autres personnes. D’où l’intérêt de faire simple et d’aller droit au but. Comment ? En réduisant le bruit au maximum, en s’appuyant sur des attributs de base qui jouent sur l’effort de compréhension (taille, couleur, forme, orientation du texte, etc.). Elle rappelle que l’on peut s’appuyer sur la théorie de la Gestalt pour évaluer son graphique. Tout ça, c’est pour ce que l’on affiche sur la slide. Mais encore faut-il raconter une histoire. Myriam s’appuie sur le framework du storybranding et des arcs narratifs. Elle rappelle l’importance de poser un cadre narratif qui soit orienté vers l’action. Et pas la peine de réinventer la roue, il existe des structures narratives que l’on peut réutiliser (la carotte, le bâton, la bande-annonce, l’affiche de film, etc.). La session est plutôt interactive et cela permet d’échanger avec ses camarades de table. Myriam a partagé deux exemples de prompts pour tester avec un LLM ce que cela donne. Bilan clairement mitigé.

Un bémol sur la partie visualisation. On s’attendait à retrouver des recommandations sur le choix des dataviz. Si on a parfaitement compris que “si on a plus d’un camembert dans une présentation alors on a raté”, on aurait aimé reparler de la base. On choisit une visualisation, en fonction de ce que l’on veut montrer avec les données. Et il n’y a pas mille options, mais quatre : la comparaison, la distribution, la composition ou la relation. Tapez “chart chooser” sur le net et vous verrez de quoi on parle 🙂 

Ce qu’on retient 

Tout d’abord, toujours bien prendre en compte le contexte (pour qui, comment cela pourrait être réutilisé, etc.). Pour maximiser la lisibilité, épurer au maximum les datavisualisations (ex. un seul chiffre, celui qui compte, une phrase clé). Donner les clés pour convaincre, en incluant les causes et les effets systématiquement avec un résultat. Et puis aussi de petites astuces comme “rhyme is the rhythm” (celui-là on est déjà fans) : utiliser les rimes dans les formulations d’insights pour qu’ils soient plus percutants.

Ça nous confronte au fait qu’année après année, on en revient à se demander si les UX Days sont la bonne destination pour nous : nous expliquer la Gestalt, bon, comment dire… surtout avec un questionnaire généré par une IA, et assez polémique. Et puis le storytelling, on aurait aimé que, quitte à ce que le modèle de storybranding soit évoqué, il soit mentionné, voire son usage détaillé. Bref, comme on a pu l’évoquer avec l’organisation, pendant l’appel à orateurs il est demandé le niveau de l’audience cible. On espère que l’information sera prise en compte…


Le Design du Respect™ : cartographier l’invisible pour choisir en conscience

Carole LAIMAY

Résumé

Il y a quatre ans, lors des UX Days 2022, la conférence de Jean-Marc Jancovici sur “Concevoir le monde de demain” bouscule sérieusement la salle. On en avait parlé sur notre blog. La question du rôle des designers face aux enjeux systémiques plante une graine chez beaucoup. Carole Laimay fait partie de celles et ceux chez qui cette graine pousse. L’atelier qu’elle propose aux UX Days 2026 en est le fruit direct.

Le constat de départ est simple : on peut concevoir un produit avec les meilleures intentions du monde et produire quand même des effets néfastes. Duolingo veut faire apprendre les langues, il crée de l’addiction. Les trottinettes en libre-service visent la mobilité douce, elles saturent l’espace public. L’intention juste ne suffit pas.

Le Design du Respect™ est la réponse que Carole a construite à ce problème, une méthode outillée pour cartographier les impacts d’un projet sur quatre dimensions : l’individu, le collectif, la société et le vivant, et identifier les angles morts avant qu’ils ne deviennent des dommages collatéraux. La méthode s’appuie sur un socle solide, emprunté notamment à la robustesse organisationnelle, le design systémique et à l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC).

L’atelier se déroule en quatre temps : découverte d’un cas pratique, cartographie des intentions via une matrice des externalités et des cartes intentions, priorisation avec un tableau des intentions, puis un challenge des angles morts avec des cartes dédiées pour forcer les questions qu’on ne pense pas (ou n’ose pas) se poser (« qui subit les impacts sans être impliqué ? », « le service rend-il dépendant, et à quoi ? »).

Ce qu’on retient

La démarche résonne particulièrement chez nous, on est sensible à ces sujets, l’écoconception en fait partie, tous les designers de l’agence y sont formés et on essaie d’accompagner nos clients sur ces sujets et se l’appliquer également en interne. On sait aussi que ce n’est pas toujours facile à faire passer, surtout quand on arrive dans une conversation où la rentabilité et le business sont les sujets principaux. Avoir des outils concrets pour cartographier les impacts et nommer les angles morts, peut s’avérer utile pour tenir ce discours sans passer pour des idéalistes.

Carole reste cohérente entre sa posture et ce qu’elle nous enseigne. Pas donneuse de leçons, transparente sur le fait que la méthode est encore en construction. La limite de l’exercice reste le temps, un atelier découverte ouvre une porte, mais on repart un peu sur notre faim sur la mise en pratique réelle dans nos contextes projets. Carole le dit elle-même, c’est voulu. On testera de notre côté cette démarche et on surveillera de près les prochaines versions.

Les matrices, cartes et tableaux sont téléchargeables gratuitement sur son site, sous licence Creative Commons.


Résoudre vite… ou résoudre juste ? 

Camille VANPEENE & Vincent FOURRIER

Résumé

Camille VANPEENE, en charge du service design à la Banque de Luxembourg, et Vincent FOURRIER, UX Designer chez Deneo, nous proposent une version condensée d’un atelier promettant de pouvoir ralentir pour aller plus vite ensuite. C’est tiré du constat qu’on nous demande d’aller toujours plus vite, ce qui peut entraîner des choix précipités, un éloignement du contexte et un manque de questionnement sur l’impact réel.

Pour introduire, il est demandé de sélectionner 3 valeurs qu’on n’est pas prêt.e.s à sacrifier.

On étudie ensuite notre projet de groupe : une application qui combine relaxation, promenade guidée et lâcher-prise. 

À disposition, on a : 

  • des premières maquettes, 
  • des cartes repères, permettant de nous immerger dans le projet, 
  • des cartes de réflexion, pour nous questionner sur les différentes dimensions. 

Ces “dimensions” sont illustrées sur l’outil clé, le “Product Compass”. Cet outil permet à chaque participant d’évaluer le projet selon huit dimensions.

Grâce à un graphique “radar”, chaque membre du groupe se positionne sur les dimensions sur une échelle de 1 à 5. On superpose ensuite nos diagrammes, ce qui permet de rapidement et visuellement identifier les alignements et les points de désaccord.

Cela constitue un point de départ pour les prochaines actions à mener. La finalité étant d’avoir un Product Compass aligné avec tout le groupe au terme d’un prochain échange.

Avec cette méthodologie, l’atelier souhaite montrer comment aligner les différentes parties prenantes à chaque étape du projet.

Chez Deneo, petite structure, c’est utilisé lors des points d’équipe pour évaluer les projets, les idées et assurer un suivi. Pour la Banque du Luxembourg, c’est plus un document de communication qui assure la cohérence et structure l’évaluation de produits complexes. 

« C’est un outil qui permet à tout le monde de s’exprimer sur un pied d’égalité et de gérer les tensions, notamment autour de la priorisation. »

Ce qu’on retient 

Le “Product Compass” est un super outil pour accorder les violons et permettre à chacun de s’exprimer. La représentation visuelle offre un suivi intéressant et permet de rapidement détecter les divergences d’opinions. 

Pour autant, on ne peut s’empêcher de se poser des questions quant à son application réelle.

L’outil repose a priori sur du ressenti. Est-ce qu’on ne risque pas d’aboutir à un compromis tiède, simplement pour finaliser l’exercice et aligner les radars ? Les profils plus affirmés ou à l’aise à l’oral peuvent aussi finir par orienter les réponses du groupe.

Autre point de vigilance : le côté chronophage. En fonction des entreprises ou des projets, réunir les parties prenantes peut être un exercice compliqué. Si l’on garde en tête que l’outil est une photographie à un instant T et qu’il demande à être répété pour suivre l’évolution, sa gestion peut vite devenir complexe au quotidien.

Bref, il a peut-être manqué de la part de nos animateurs de nous pousser un cadre pour utiliser l’outil. On a la voiture, mais il nous manque le code de la route.


Designer… mais qui décide vraiment ? Reprendre sa place dans les décisions produit

Emmanuelle SECA

Résumé 

On a tous connu des projets où les décisions semblent actées d’avance. La pression de la livraison, les contraintes d’organisation ou le poids d’un sponsor relèguent parfois les designers à un simple rôle d’exécutant. Emmanuelle Seca, designer devenue coach professionnelle, propose d’explorer notre posture face à ces arbitrages. À travers des situations vécues, l’objectif est d’apprendre à identifier les dynamiques invisibles qui influencent les choix collectifs.

Ce qu’on retient 

On ne va pas se mentir, l’approche très centrée sur le coaching individuel nous est un peu passée au-dessus de la tête. On a eu du mal (et c’est souvent le cas) à faire correspondre la méthode présentée avec notre réalité d’agence. On avait également le sentiment d’assister à un pitch pour vendre une méthode qui nous permettra de nous sentir mieux aligné avec nos valeurs en tant que designer.

Mais là où l’exercice devient intéressant, c’est au moment de décortiquer un cas concret qui posait problème. Quand on arrive chez un client, on atterrit au milieu d’un système. Il y a un historique, des équipes en place, des objectifs, des contraintes et parfois (voire souvent) pas mal de non-dits. Cette petite piqûre de rappel sur l’approche systémique et notre capacité à creuser pour lire entre les lignes est essentielle pour se positionner au bon endroit et au bon moment en tant qu’expert. Finalement, la meilleure solution pour débloquer la situation, c’est tout simplement de réaligner les bonnes personnes autour de la table le plus tôt possible.


Et si on construisait ensemble l’assistant de rédaction IA de votre marque ? 

Yohann ELMALEH

Résumé 

Yohann Elmaleh est senior UX writer pour Bouygues Telecom. Il aime beaucoup les mots (il écrit même des livres). Et surtout, il a réussi à mettre en place un assistant de rédaction IA qui vient directement puiser dans le content system de Bouygues Telecom. L’objectif est d’aider n’importe qui dans l’entreprise (vendeurs, conseillers clientèle, marketing, designers…) à produire un contenu homogène, personnalisé, et en lien avec le ton de l’entreprise. Pour nous expliquer la mécanique, il ne s’est pas arrêté à la théorie et nous a proposé de mettre la main à la pâte pour créer notre propre assistant IA.

Ce qu’on retient

Plus que l’atelier en lui-même, c’est le retour d’expérience de Yohann qui est particulièrement intéressant. Il nous a d’abord expliqué le travail effectué avec ses équipes pour mettre en place ce content system chez Bouygues Telecom. Mettre en place ce référentiel est un sacré challenge, accompagner les équipes à se l’approprier en est un autre. Alors comment capitaliser sur cette bible interne pour faciliter la rédaction de contenu ?

Chez Bouygues Telecom, des mots, on en trouve partout : de l’information client aux labels des boutons sur l’appli, jusqu’aux pitchs pour vendre un forfait. Ces mots sont rédigés par beaucoup de monde, et le souci, c’est que Yohann a uniquement deux mains à disposition. L’idée, c’est donc cet assistant IA de rédaction avec un positionnement clair : formuler ce que l’utilisateur souhaite écrire en se basant spécifiquement sur les guidelines du content system. Un autre garde-fou qui nous a beaucoup parlé est l’obligation pour l’assistant de justifier ses choix en renvoyant vers les informations contenues dans le content system. On a apprécié l’angle d’attaque d’un assistant paramétré pour accompagner et pas faire à la place de. Même si cela soulève certaines questions : comment est utilisé l’outil sur le terrain ? Est-ce que les utilisateurs moins habitués à rédiger font une confiance aveugle à l’IA ? Quelle sera la place des (nombreux) rédacteurs chez Bouygues dans l’avenir quand tout le monde pourra rédiger ?

Cependant, le format a souffert d’un écart de niveau entre les participants. Devoir poser les bases de ce qu’est un content system, ou rappeler les fondamentaux de l’UX writing, peut être perçu, selon nous, comme du temps perdu quand la promesse de l’atelier, construire un assistant de rédaction IA ancré dans un content system réel, est aussi concrète et excitante. On n’a pas pu aller au bout de la démarche, et c’est notre principal regret.

Ce n’est pas tant un reproche à Yohann qu’une remarque pour les organisateurs des UX Days, proposer des prérequis clairs ou des niveaux de public en amont permettrait d’aller beaucoup plus loin dans les ateliers, et d’éviter de rester en surface sur des sujets qui méritent mieux. Malgré tout, un atelier bien animé, sur un cas concret et généreux en partage d’expérience. On en ressort avec des idées, et l’envie d’aller creuser le sujet.


Pourquoi le Content Design devient stratégique à l’ère de l’IA 

Nathalie RILCY & Axel VIERSAC

Résumé 

Le content design, l’UX writing, ce sont des sujets qui nous bottent. C’est tellement complémentaire de notre pratique quotidienne, presque à portée de main, et pour autant, on s’est formé, on mesure pleinement le savoir-faire que ça demande. 

Quand un atelier content est proposé, on se jette toujours un peu dessus. Et là, ç’a été un peu la douche froide. L’objectif de l’atelier, pas très bien défini d’ailleurs, était de construire la partie organisationnelle de la conception d’un agent IA, qui devait remplir des dashboards, ou peut-être que c’était envoyer des newsletters, on a jamais trop compris. Puis de se poser la question des parties prenantes avant/pendant/après la conception. Et le takeaway, c’est que, eh ben pas de chance, les content designers ne sont jamais impliqués comme il faut quand il faut. On a envie de dire un peu comme tous les designers, mais chacun voit midi à sa porte, dit-on. 

Ça doit faire 10 ans voire plus qu’on vient aux UX Days. On vieillit bien sûr. On s’aigrit. On a des attentes indécentes de confort et de luxe. Par exemple, un sujet clair d’atelier. Par exemple, des takeaways qui ne se résument pas à enfoncer des portes tellement ouvertes qu’on se demande s’il y avait bien une porte à cet endroit-là. Par exemple, des supports d’ateliers qui ne soient pas des feuilles de paperboard déchirées accrochées avec du scotch orange de bricolage (et on n’a absolument rien contre le bricolage). Par exemple, une animation dont la plus-value ne soit pas simplement d’écrire sur les dits paperboards avec des sharpies. Un échange dynamique sur la collaboration entre UX designers et content designers, des moyens, outils, astuces, pour bricoler une réflexion content quand on n’est pas expert, mais qu’on veut faire remonter le sujet à un niveau stratégique. Quelque chose de ce type-là peut-être. Qui se montre à la hauteur de l’investissement en temps et en argent des gens qui sont venus à l’atelier. Mais bon, c’est très probablement qu’on devient vieux… Quoique pas si vieux encore.

Ce qu’on retient 

Cet atelier se révèle être plus une démonstration interactive qu’un réel atelier. Ça, en tant qu’expert, cela nous dérange. Déjà convaincus que le content design est important au même titre que toutes les autres branches, on s’attendait à pouvoir acquérir des éléments pour mieux mettre en place des stratégies de content design à l’ère de l’IA et on ressort plutôt déçu avec comme réponse une invitation à participer à un atelier complémentaire. Même si le titre pouvait annoncer la couleur, on en ressort qu’avec très peu d’éléments concrets pour argumenter sur l’intérêt du content design, mais c’est peut-être que nous n’étions pas la cible.


Prototyper un mini jeu avec Figma Make

Romain DAO

Résumé 

Romain DAO, il a une jolie notoriété sur LinkedIn. Comme tout designer que nous sommes, ça éveille notre méfiance (c’est un peu une blague, mais ne nous mentons pas, LinkedIn c’est quand même devenu une vaste boîte échangiste… sur le plan professionnel bien sûr). Bref, on était quand même très curieux de découvrir ce qu’il avait à raconter sur Figma Make, d’autant que si on utilise beaucoup l’IA au quotidien, Figma Make non seulement on n’y a pas touché des masses, mais en plus ça va pas tout à fait dans la direction qu’on envisage pour un designer augmenté par l’IA (voir l’article sur les confs), et pour l’instant nos expérimentations c’était surtout avec le MCP Figma (qui nous permet des choses sympas, mais c’est pas le sujet du jour). On y va donc avec l’envie de découvrir l’outil en mettant directement les mains dans le cambouis, avec comme fil rouge proposé le prototypage d’un mini-jeu.

Le premier point, et il faut rendre à César ce qui lui appartient, Romain maitrise parfaitement son sujet, absolument aucun doute à ce propos. Le boulot qu’il accomplit pour y parvenir ne fait pas le moindre doute et c’est quand même très agréable de voir quelqu’un qui a décidé de se retrousser les manches pour devenir plus compétent en s’outillant, plutôt qu’en regardant l’IA produire à sa place en mangeant des Cheetos (ou n’importe quoi d’autre).

Au-delà de la simple démo technique, Romain en a profité pour nous partager sa propre méthode de travail, les possibilités de l’outil, et surtout sa vision sur l’utilisation des agents IA comme véritables assistants au service du designer.

Ce qu’on retient 

Le message de cette session, c’est que l’IA n’est vraiment pertinente que si on lui prépare le terrain en amont. Pas de secret, ça demande d’être précis, méthodique et organisé. Concrètement, on a pu le vérifier en construisant ce mini-jeu ensemble étape par étape. On a commencé par mettre à plat nos workflows sur FigJam pour garder une vraie vision d’ensemble. Ensuite, on a attaqué la création des assets graphiques, épaulés par des agents IA, avant de plonger dans la conception pure et l’itération de notre design, le tout directement dans Figma Make. 

Pas de révélation, clairement, on est en terrain parfaitement connu, celui de l’IA générative, et on s’en était déjà bien rendu compte via nos expérimentations avec le MCP. Mais l’atelier était bien préparé, bien structuré, bien animé, par quelqu’un de parfaitement compétent. Et somme toute, c’est exactement ce qu’on attendait de tous les ateliers.


Le Duel – IA vs designer : qui comprend vraiment l’utilisateur ?

Résumé 

Jérémie COHEN & Delphine SAJAT

Designer VS IA : Le duel.

Et si, finalement, ça n’en était pas vraiment un ?

En tout cas, dans cet atelier, on nous le présente comme un duel. 

Ici, 2 équipes et 4 situations pour mettre en opposition ces deux approches radicalement différentes. Divisé en deux, chaque groupe représente un des sujets : l’IA ou l’humain. Et face à chaque situation, chaque camp doit réussir à se défendre, à prouver sa valeur et à minimiser ses faiblesses.

Pas de gagnant, pas de perdant. Juste réussir à trouver ses forces et ses limites.

Parce que oui, très vite, on se rend compte que chaque situation a ses contraintes… et ses atouts très spécifiques. Il n’y a aucun cas où nous nous sommes dit « Ah là, c’est forcément 100% IA, c’est beaucoup plus sûr ». 

Par exemple : quarante-huit heures pour condenser quinze entretiens de deux heures ? L’IA gagne forcément sur la vitesse. Mais analyser les réactions non verbales, les silences, les micro-expressions captées en entretien ? Là, c’est l’expérience du designer qui reprend la main.

En fait, cet atelier permet de mettre en évidence une chose très précise : il n’y a pas de duel. L’IA est un outil qui ne peut que nous aider dans notre travail, mais qui ne peut pas fonctionner entièrement seul. De l’autre côté, l’humain ne sera jamais aussi performant qu’une IA en termes de vitesse d’exécution. Ils se complètent par leurs forces et faiblesses.

Ce qu’on retient 

Ce que cet atelier révèle, c’est que la question « IA VS designer ? » n’a pas lieu d’être. La bonne question, c’est : « IA et/ou designer, pourquoi et dans quel contexte ? »

Certaines tâches demandent de la rapidité, du traitement pur. D’autres demandent ce que seul un humain peut capter : l’hésitation dans la voix, la contradiction entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, l’expérience personnelle. C’est en phase avec ce sur quoi on se concentre en ce moment : déléguer la partie besogneuse pour amplifier la partie créative et experte.


Accessibility User Journey Mapping : intégrer l’accessibilité dès les parcours utilisateurs 

Stéphanie WALTER

Résumé 

Stéphanie Walter, on suit son travail largement partagé sur les réseaux sociaux et notamment LinkedIn depuis un moment. On apprécie l’angle qui nous parle bien la plupart du temps, ça parle accessibilité, inclusivité et éthique du travail bien fait. Eh ben l’atelier c’était pareil. En gros, l’idée c’est d’utiliser un jeu de cartes qu’elle a créé pour intégrer la question des différents types de handicaps dans la modélisation des parcours utilisateurs (user journey / experience mapping). Chaque groupe a un scénario autour d’un domaine différent. Le principe des cartes fonctionne relativement bien en cela qu’il permet la systématisation de la réflexion, au prix parfois d’un contenu pas toujours parfaitement adapté à la thématique. C’est le risque de couvrir le périmètre de toutes les expériences physiques et numériques. 

Ce qu’on retient 

Bien préparé, bien animé, on passe un bon moment, même si la conclusion, à notre échelle, pratiquant autant la modélisation que les questions d’accessibilité quotidiennement, ça ne nous semble pas fournir un outil qui nous soit très opérationnalisable. Les projets de modélisation de parcours ou d’expérience sont rarement ceux qui acceptent un focus sur l’accessibilité tel qu’ils tolèrent l’utilisation d’outils de ce type, avec le temps que cela nécessite (6h d’atelier ont été évoquées). Mais peut-être qu’un jour ce sera le cas. Mais ça ne change rien aux vertus pédagogiques de l’outil et la démarche. Un moment agréable, tous les ateliers ne nécessitent pas d’être transformatifs !


Le design transformatif 

David JEANNE

Résumé 

À la genèse de cet atelier, David accompagne une entreprise qui vend des design sprints à d’autres entreprises. Leur particularité, c’est que les participants à ces design sprints sont des profils en recherche d’emploi. Pour eux, participer à ce type d’expérience a un impact plutôt concret. Les commanditaires, eux, apportent un brief et repartent avec les pistes de solution. Ils sont beaucoup moins impactés par l’expérience. David a pour mission de trouver une méthode qui permette de “transformer” les commanditaires, par l’expérience qui leur est proposée. Plusieurs mois de travail et d’expérimentations plus tard, David nous propose de tester la version condensée de la méthode dans ce format de trois heures. C’est le fruit de son travail de thèse professionnelle avec l’ENSCI – Les Ateliers, qu’il a compilé dans un livre (que nous devrions recevoir d’ici peu), on vous raconte ce qu’on a retenu, en étant forcément très résumé.

D’abord, il faut définir ce dont on parle. Le design transformatif se caractérise par son intention, créer “une expérience unique, extraordinaire, qui marque positivement et profondément, en agissant sur son rapport à soi et/ou son rapport aux autres”. Tout un programme. 

L’atelier s’appuie sur un cas d’usage concret pour amener un soi “je ne suis pas sportif” vers un nouveau soi “je transforme mon corps” en imaginant que l’on travaille Strava (ou son concurrent) à accompagner cette transformation. On va traverser ensuite les 3 grandes étapes : diagnostiquer, fixer le cap et définir à quoi devrait ressembler l’expérience transformative.

On part du persona, tel qu’on l’aurait construit, à partir de vraies données d’observation et d’entretien. Ensuite, on utilise un diagramme circulaire découpé en plusieurs zones (ex. les croyances, les motivations, le contexte, etc.) avec des cercles concentriques. Chaque cercle correspond à un des cinq niveaux d’intervention à prévoir : transformer (disruption), dissoudre, aider, amplifier, préserver. 

Ensuite, David nous parle des archétypes de guidance. Notre persona peut soit continuer sur sa lancée, soit se diriger là où l’on souhaite l’emmener. Pour réussir cela, il faut se pencher sur les moyens pour dévier sa trajectoire. Il lui faut un guide. C’est la partie la plus sensorielle de la session. Ces archétypes font appel au niveau symbolique avec l’idée de décrire un personnage dans l’imaginaire collectif du groupe de travail, qui incarne ce guide. La méthode propose de créer un moodboard symbolique et rassemblant des éléments qui sont soit narratifs, soit symboliques, soit émotionnels ou métaphoriques.

Dernière étape de la session, réfléchir à de possibles moments de bascule pour notre persona. À l’aide d’un autre canevas, on décrit une situation qui doit amener l’utilisateur à enclencher concrètement sa transformation. L’idée est ensuite de partir à rebours pour trouver comment on passe de la situation initiale à ce moment, puis de consolider ce qui se passe après.

Expérience intéressante, une grosse théorisation qui est parfaitement maîtrisée. On a pu discuter en direct des points sur lesquels on n’était pas tout à fait alignés. Et pour un atelier de trois heures, on n’a pas vraiment eu l’impression de passer le double du temps habituel, ça, c’est un KPI qui ne trahit pas. On vous invite à lire plus en détail ce que David a partagé sur Medium à ce sujet.

Ce qu’on retient 

On retient d’abord le livre de 1999 The Experience Economy, un peu à l’origine de la réflexion. Il retrace le passage d’une création de valeur par l’extraction de ressources vers les produits, les services, puis les expériences, jusqu’à l’ère actuelle des transformations. On se note d’aller le lire. 

On retient aussi la transposition des rites initiatiques vers la modification des comportements, qui sert de fil rouge à la progression, et l’approche sensorielle, intéressante pour faire travailler les participants sur les perceptions et les référentiels en faisant appel aux sens (couleur, matière, etc.). 

On note également la création d’un plan de taggage pour passer les données brutes au tamis, en amont de la méthode. Enfin, on retient la difficulté d’appliquer celle-ci dans un projet « normal », comme on en traite le plus souvent, ainsi que certaines formulations censées aider les participants, que nous avons trouvées vraiment complexes.

Jean-Christophe Paris Directeur de la recherche utilisateur

Spécialisé en Ingénierie des Facteurs Humains, Jean-Christophe a participé à de nombreux projets dans le domaine de la R&D automobile. Il apporte sa double compétence scientifique et technique dans les approches de conception centrée sur l'humain. L'analyse de l'activité et sa modélisation sont ses spécialités.